La voix qui nous fait pénétrer dans
ce film, la voix de celui qui incarne la duplicité dans ce
qu’elle a de plus fielleux (Addison), est aussi celle d’un
personnage qui se proclame grand connaisseur et observateur du monde
du théâtre décrit ici : «
(…) As you know I have lived in the theater as a trappist
monk lives in his faith. » (« Comme vous le
savez, j’ai vécu au sein du théâtre comme
un moine trappiste vit dans sa foi. ») Quelle mascarade
sachant que Mankiewicz, qui a projeté un peu de lui dans
le personnage de DeWitt, ignorait tout de cet univers, quoi qu’il
rêvât d’en faire partie ! C’est sans doute
aussi que la transposition est faite pour être transparente
au spectateur : en réalité, Mankiewicz nous parle
du monde du cinéma, de ses coulisses meurtrières et
de ses luttes d’influence pour un coin sous les spotlights.
Il est amusant de penser que l’on assistait soudainement à
une floraison simultanée de films traitant des coulisses
du monde du spectacle : tandis qu’Eve était
tourné à la Fox, Billy Wilder réalisait Boulevard
du crépuscule chez Paramount, Nicholas Ray dirigeait
Le Violent pour Columbia, et enfin le projet de
tourner Chantons sous la pluie était en
négociation chez MGM.
Mais revenons en arrière dans l’histoire, nous aussi
(ce n’est pas Mankiewicz qui nous reprocherait ce procédé).
L’Eve des origines, l’origine d’Eve
Au commencement était une nouvelle parue dans Cosmopolitan
en 1946, dont le titre est The Wisdom of Eve (La Sagesse
d’Eve). (1) Son auteur, Mary Orr, est une jeune comédienne
dont le mari, Paul Czinner, est à cette époque le
metteur en scène d’une pièce intitulée
The Two Mrs. Carrolls. Au cours d’un week-end à
la campagne que le couple passe chez Elisabeth Bergner, l’orageuse
star de la pièce (surnommée « la Garbo de la
scène »), Mary apprend les mésaventures survenues
à cause de la doublure de Bergner, qui aurait tenté
de prendre non seulement son rôle, mais son mari ! Mary Orr,
sans trop y croire cependant, couche l’histoire sur le papier
en quatre jours, mais trois ans se passeront sans que cette histoire
éveille le moindre intérêt de la part des studios
de cinéma. En 1949, une mauvaise passe financière
la pousse à écrire une dramatisation de The Wisdom
of Eve pour la radio, et c’est probablement cette diffusion
qui finira par accrocher l’oreille d’un responsable
de la Fox...
Joseph L. Mankiewicz, aussitôt la nouvelle en main, commence
à la réécrire, sous le titre de travail de
Best performance (Meilleure performance). Ses
apports nombreux, tant au niveau des personnages que de la dramaturgie
et, plus que tout, des dialogues (sa spécialité reconnue),
ne peuvent rien au fait que l’intrigue conserve largement
la trame de celle de Mary Orr, qui ne sera pourtant jamais créditée
(si ce n’est lors de la publication du scénario, «
d’après une histoire de.. »). Le choix des interprètes
est également mené tambour battant, et Claudette Colbert,
âgée alors de 47 ans et star « maison »,
est choisie pour le rôle de Margo Channing. La
rupture d’un disque vertébral, au cours du tournage
de Three Came Home de Jean Negulesco l’empêchera
de tenir le rôle, qui est proposé à Bette Davis.
Même longtemps après que les larmes amères de
Colbert ait séché, Mankiewicz exprimera des regrets
de n’avoir pu travailler avec elle, pensant qu’elle
aurait pu apporter davantage d’authenticité au rôle
: selon lui, Davis n’avait tout simplement jamais paru jeune
(ce qui n’est pas tout à fait faux). Ce changement,
en tout cas, donne une toute autre crédibilité au
personnage de star capricieuse et flamboyante de Margo, et est à
l’origine de la renaissance de la carrière de Bette
Davis, qui depuis deux ans était entrée dans le purgatoire
des acteurs qui cessent d’être rentables (« Je
pensais être finie à 41 ans. Puis vint Margo Channing.
»)
Le tournage débute sous les meilleurs auspices : quelques
semaines auparavant, Mankiewicz a remporté les Oscars du
Meilleur Réalisateur et du Meilleur Scénario pour
Chaînes conjugales (A Letter to Three
Wives), et Darryl F. Zanuck, s’asseyant pour une
fois sur son orgueil, a mis un terme à sa querelle de neuf
ans avec Bette Davis pour la convaincre de participer au film. Le
caractère de la star est tellement souple et conciliant que
tout le monde sur le plateau s’étonne : où est
le dragon craint partout ailleurs ? Bette Davis n’a en effet
trouvé sur Eve que des sources de satisfaction
: le scénario est, de l’avis de tous, fabuleux (de
toute sa collection de scripts, c’est celui qui porte le moins
d’annotations de la main de Davis), Mankiewicz, en réalisateur
très attentif au bien-être de ses acteurs (et surtout
de ses actrices), est respecté de tous, … et pour ne
rien gâter, Davis et Gary Merrill (qui joue Bill Sampson,
le compagnon de Margo), bien que tous deux mariés ailleurs,
s’éprennent immédiatement l’un de l’autre.
Ce sera pour tous, de leur propre aveu, une expérience épanouissante
et sereine, malgré les tentatives de la presse de faire mousser
la publicité autour d’une hypothétique rivalité
entre Bette Davis et Anne Baxter. En fait, les deux femmes devinrent
très proches, alors que Davis ne supportait absolument pas
Celeste Holm, censée jouer la meilleure amie de Margo.
Refermons cette parenthèse et revenons donc à la fiction,
autrement plus tourmentée..
Feu d’artifice(s) : mythification, mystification,
le ver est dans la pomme
Margo Channing, lorsqu’elle nous apparaît pour la première
fois dans les coulisses du théâtre, est présentée
sous le jour peu flatteur d’une diva en peignoir, aux cheveux
contenus par des bandeaux disgracieux et au visage luisant de la
cold-cream utilisée pour se démaquiller après
sa performance. Elle est non seulement physiquement repoussante,
mais totalement infecte vis-à-vis de la jeune admiratrice
que Karen a cru bon de lui présenter. Elle ne montre rien
qui puisse attirer la sympathie : elle est hautaine, cassante, froide.
À
l’opposé, Eve (« the mousy one »,
telle que la décrit Margo, autrement dit « la petite
souris ») ne saurait sembler plus inoffensive, plus quelconque
: son imperméable la fait se fondre dans le décor,
et elle ne cesse de baisser les yeux tandis qu’elle parle.
L’histoire de sa vie, telle qu’Eve la raconte ce premier
soir dans la loge de Margo, entretisse habilement la confession
presque impudique et la fiction tire-larme. Sans que jamais elle
néglige de montrer à quel point elle est documentée
sur ses nouveaux amis, ou de les flatter. Le masque de désinvolture
de Margo a tôt fait de tomber, elle écrase une larme
et prend la petite Eve perdue sous son aile. Mais Birdie, la dame
de compagnie de Margo (Thelma Ritter, l’incarnation du bon
sens populaire) n’est pas dupe, et ne le sera jamais : «
What a story
! Everything but the bloodhounds snapping at her rear end.
» (« Quelle histoire ! Il ne manque plus que les
chiens de chasse à ses trousses.)
Ce n’est certainement pas par hasard si Eve est présentée
à Margo par Karen Richards. Karen est en effet l’exemple-type
de la gaffeuse naïve au trop bon cœur. Incapable de malice,
elle est tout simplement inapte à la voir chez autrui, que
ce soit chez une Margo imbibée d’alcool et de venin,
ou chez une Eve en apparence si douce et si altruiste. Meilleure
amie de Margo et démineuse habile de ses sautes d’humeur,
elle compense son absence totale d’influence dans le monde
du théâtre (elle n’est après tout, de
son propre aveu, que « la femme de l’auteur
») par une propension à intriguer intensivement en
sous-main. Ainsi, avec les meilleures intentions du monde, elle
introduit Eve, et avec elle le désastre, dans la vie de Margo,
permettant à la jeune femme d’accomplir tranquillement
son travail de sape, public comme privé, de son modèle.
Les premiers soupçons sur Eve, toujours si suave et si parfaitement
organisée, si totalement dévouée à sa
protectrice, se font jour lorsqu’elle commence à prendre
des initiatives concernant Margo à l’insu de celle-ci.
Plus significativement encore, elle prend sur elle de mettre en
place des célébrations pour l’anniversaire de
Bill Sampson au nom de Margo. Celle-ci,
déjà trop consciente de son âge dans cette relation
avec un homme plus jeune qu’elle : « Bill's thirty-two.
He looks thirty-two. He looked it five years ago, he'll look it
twenty years from now. I hate men. » (« Bill
a 32 ans. Il fait ses 32 ans. Il les faisait il y a 5 ans, il les
fera encore dans 20 ans. Je hais les hommes »), ne peut
que réagir d’une manière viscéralement
défensive face aux attraits supposés de la jeune femme.
Elle fonce comme un taureau sur ce chiffon rouge et baisse sa garde
sur le côté professionnel de sa vie, où se porte
la véritable offensive d’Eve.
Intervient alors la fameuse scène de la soirée d’anniversaire
de Bill, célèbre entre toutes par ce pronostic de
Margo, déjà ivre avant même l’arrivée
des invités : « Fasten your seat belts, it’s
going to be a bumpy night. » (« Attachez vos
ceintures, ça va secouer cette nuit. »). Margo
provoque aussitôt une dispute avec Bill, folle de jalousie
qu’il ait eu l’audace de passer quelques instants avec
Eve plutôt que de la rejoindre dès son arrivée.
En filigrane de cette confrontation, nous voyons une Margo en plein
dilemme entre la compensation de sa fureur avec les chocolats destinés
aux convives, et la préservation de sa ligne (problème
qui se doit d’être au centre des préoccupations
d’une actrice dépassant la quarantaine). Nous la voyons
prendre un chocolat, le reposer après mûre réflexion,
puis le reprendre et l’avaler d’autant plus résolument
que Bill vient qualifier de ridicule sa suspicion vis-à-vis
d’Eve. L’ensemble de la scène, si simple soit-elle
dans les ingrédients qui la composent, est un petit bijou
qui met brillamment en valeur les qualités de Mankiewicz
en tant que connaisseur des caractères.
« C’est une carrière que toutes les
femmes ont en commun (…) : être une femme »
Margo semble n’être au départ qu’une insupportable
harpie se promenant toujours avec aux lèvres une cigarette
et une réplique mordante, qu’on croirait tirée
d’une pièce (Karen : « Margo compense son
sous-jeu sur scène en surjouant dans la vie »).
Lorsqu’il expliqua à Bette Davis comment aborder le
personnage de Margo, Mankiewicz la lui résuma ainsi : «
une femme qui traite son manteau de vison comme si c’était
un poncho. » Et, de fait, alors qu’elle s’apprête
à accompagner Bill à son avion, au début du
film, nous la voyons récupérer sa fourrure jetée
en tas sur le sol de sa loge. La clé de sa nature est là,
dans une attitude blasée dans son rapport à la célébrité
(qu’elle considère comme acquise indéfiniment),
mais aussi dans un pragmatisme tout terrien : elle possède
sans désirer vraiment, et sent très bien que son bonheur
ne se trouve pas là. La femme Margo Channing ne deviendra
visible (et attachante) que lorsque les succès d’Eve
lui feront perdre de sa superbe et la confronteront à son
âge, à la fois professionnellement et personnellement.
À la faveur d’une panne d’essence qui la bloque
en rase campagne aux côtés de Karen, Margo procède
à un mea culpa en forme de bilan de sa vie. Sans complaisance
aucune, elle reconnaît ouvertement que son personnage de virago
flamboyante l’a prise au piège, et qu’elle craint
que son entourage cesse de l’aimer si elle s’en éloigne.
Enfin, plus que tout, elle avoue soupirer après des plaisirs
plus simples de femme mariée, et vouloir quelque chose qui
lui tienne plus chaud, la nuit dans son lit, que sa seule carrière.
(2)

Eve quant à elle se fraie un chemin dans le monde du théâtre
qui l’attire tant, avec un mélange soigneusement dosé
de prévenance (paravent pour son opportunisme affûté)
et de gaucherie (cette dernière ne faisant que dissimuler
son tempérament calculateur). On sent cependant l’envie
violente qui la taraude lorsque, depuis les coulisses, elle écoute
l’ovation qui salue la performance de Margo. Eve est, au contraire
de Margo, amoureuse du décorum et de la pompe qui entourent
les stars. À un moment de la soirée d’anniversaire
de Bill, elle se laisse aller à parler de l’effet transcendant
que lui font les applaudissements : « (…) like waves
of love pouring over the footlights, and wrapping you up. (…)
They want you, you belong. » (« comme des
vagues d’amour débordant de la rampe et vous enveloppant.
(...) On vous veut, vous êtes à votre place.
») On devine que pour elle, l’adhésion des foules
lui procure ce qui lui manque : la reconnaissance, le sentiment
de valoir quelque chose, d’être à sa place, un
substitut à l’amour véritable.

Le soir où se produit la panne d’essence, Eve s’empare
du rôle de Margo et tente de mettre la main sur Bill : c’est,
à tout le moins, un putsch. Malheureusement pour Eve, Addison
est témoin de la tentative de séduction ratée.
Eve ne comprend pas immédiatement que de maîtresse
de son destin, elle en est devenue l’esclave. Jusqu’à
ce que, la veille de la première de la pièce où
elle tient le premier rôle, Addison la confronte à
ses mensonges et à ses bassesses. Mais il ne s’agit
pas de reproches ou de jugement, bien plutôt de l’hommage
rendu à son égale en fourberie : « killer
to killer » (« d’un tueur à un
autre »). Il prend bien soin cependant, dans ce dialogue
d’une violence extrême, de lui faire sentir la laisse
par laquelle il la tient. Le mot « belong »
revient alors : « Do you realize, and do you agree, how
completely you belong to me ? » ( « Comprenez-vous
à quel point vous m’appartenez totalement ? »),
non plus avec la connotation de « trouver sa place »
dans le monde et parmi les gens, mais plus crûment d' «
être dans le pouvoir » d’une personne.

Épilogue : la lignée d’Eve
D’une certaine façon, Eve aura été
le double inversé de Birdie : Birdie qui se définit
elle-même comme « une actrice de cinquième
rang », et qui est devenue la dame de compagnie de Margo,
mais qui au contraire d’Eve préfèrerait
se laisser piétiner plutôt que de se mettre en avant
ou de nuire à sa protectrice, qu’elle couve comme une
gouvernante couve une enfant turbulente mais chérie.
Mais
nous voici revenus au présent et au début du film, avec
la voix off d’Addison DeWitt : Eve, que nous avons vue exposée
et brisée par ses soins, triomphe, mais elle est seule et le
restera, une comédienne de premier ordre qui aura piétiné
les gens qui lui auront ouvert la porte. Mais cela n’est pas
encore, en ce début d’années 1950 si moralisateur,
un châtiment suffisant pour Eve. L’histoire est vouée
à se répéter, à son détriment cette
fois, avec la jeune Phœbe, adoratrice transie qui s’est
introduite chez elle. Le plan final où Phœbe s’incline,
le trophée en main, devant une foule de ses reflets démultipliés
dans les miroirs. Cette image peut se lire à la fois comme
une prophétie du sort qui attend Eve, mais aussi une vision
du monde du spectacle pris dans sa globalité : il se trouve
toujours, derrière votre épaule, quelqu’un qui
est prêt à tout pour prendre votre place.
« [Il] t’étudie comme si tu étais
un livre, ou une pièce, ou un plan » : Mankiewicz,
un observateur méticuleux dans les coulisses
Mankiewicz joue ici avec les apparences : il y a ce que les premières
scènes semblent nous indiquer sur ces personnages, et ce que
nous apprend le flash-back, et les voix des différents narrateurs
(Karen, Addison, Margo) qui le ponctuent. Nous avons tôt fait
de comprendre que les artifices ne seront pas partie prenante de la
mise en scène (Mankiewicz est hostile à tout mouvement
d’appareil intempestif), mais qu’ils seront au contraire
des ingrédients primordiaux de la construction des personnages.
Comme il le déclarera plus tard (3) : « Je ne
crois pas que la composition soit le mot magique et le point culminant
de ce que le cinéma peut accomplir. À mon avis, c’est
davantage la profondeur intellectuelle, la vérité profonde
de la description intellectuelle, le contenu, qui importent.
(…) J’essaie de ne pas déformer la vie ou le
comportement des êtres humains en leur imposant, par des moyens
techniques, une forme préconçue. » Pour autant,
on ne s’aventurerait pas à qualifier Mankiewicz de cinéaste
naturaliste : ses films sont trop « écrits », trop
empreints de sophistication verbale (et d’élitisme culturel),
pour cela. Il serait plus pertinent sans doute de voir en lui un anthropologue
de la psyché, curieux de décortiquer les réactions
des protagonistes lors de mises en situation complexes, génératrices
de choix déterminants. À l’appui de cette hypothèse,
la véritable passion de Mankiewicz pour la psychanalyse, qui
le poussait à faire lire ses scénarios par un professionnel
afin de tester le degré de crédibilité de ses
personnages. (4)
Sachant cela, la raison d’être de la construction si particulière
du film (flash-back, narration en voix-off par plusieurs personnages)
apparaît clairement : Mankiewicz nous donne accès aux
moments décisifs de l’histoire, le « pourquoi et
comment en sommes-nous arrivés là ? » (par rapport
à la situation montrée au début du film), et
ce grâce aux protagonistes eux-mêmes. Nous apprenons «
de première main » ce qu’autrement nous ignorerions,
ou ce qui nous serait rapporté de manière indirecte,
donc probablement déformée. Mankiewicz nous implique
donc directement dans l’histoire et dans le fonctionnement de
la psyché de ses personnages, en partageant largement avec
nous le privilège d’en arpenter les coulisses et d’en
voir tourner les rouages intimes. Le réalisateur démontre
un vrai respect de son audience en nous parlant entre gens intelligents
à même de goûter la finesse et le piquant de son
cinéma.
1. Cette anecdote, ainsi que la plupart des autres (sauf mention contraire),
est tirée du livre All about All about Eve : The
complete behind-the-scenes story of the bitchiest film ever made
de Stam Staggs, St Martin’s Press, 2000.
2. Une relecture excessivement féministe du film a voulu voir
dans ce passage une vision rétrograde du bonheur féminin
(la carrière professionnelle ne serait qu’un pis-aller
à la félicité conjugale, et Margo renoncerait
à la première pour connaître la seconde). En réalité,
jamais Margo ne parle d’abandonner la scène (elle propose
même de partir en tournée pendant un an), ce qui de toute
façon serait absurde puisque Bill Sampson l’aime aussi
pour la grande comédienne qu’elle est ! Margo évoque
juste le besoin de faire passer sa vie privée au premier plan,
et de cesser de tenir des rôles conçus pour des femmes
plus jeunes.
3. Entretien accordé aux Cahiers du Cinéma,
février 1967.
4. Voir commentaire audio de Christopher Mankiewicz sur l’édition
Cinéma Référence.
|

Un élégant digipack cartonné dans les tons ocres,
très "fifties", abrite les deux disques : celui contenant
le film et les commentaires audio (sérigraphié du portrait
d’Eve), et celui contenant les suppléments (à l’effigie
d’Addison). En outre, on trouvera à l’intérieur
un livret des plus originaux : autour d’un œillet de fixation,
les silhouettes cartonnées des protagonistes de l’histoire
(reprises de Lobby Cards de l’époque) se disposent en éventail.
Au recto de chaque silhouette figure une description analytique du personnage
et au verso, un résumé de la carrière de son interprète.
En plus d’être mièvres et terriblement incomplets,
ces résumés comportent des erreurs, notamment dans la
date de naissance d’Anne Baxter, qui lui donnerait 17 ans au moment
du tournage ! On déplorera que cet objet, beau sinon pratique,
soit libre de glisser librement à l’intérieur du
digipack, faute d’avoir un logement dédié.
Les Menus sont fixes et musicaux.
Les suppléments
comportent :
Disque 1
Commentaire audio de Celeste Holm, Christopher Mankiewicz et
Kenneth Geist. On apprend de Kenneth Geist (auteur d’une
biographie de Mankiewicz : Pictures will talk : The life and films
of Joseph L. Mankiewicz) beaucoup sur la construction des deux
femmes antagonistes de Eve, selon lui inspirées
de la rivalité entre les deux frères Mankiewicz, Herman
et Joseph. Christopher Mankiewicz, bien loin de l’adorateur béat
d’un père idéalisé, se montre très
conscient des limites de celui-ci en tant que cinéaste. Malheureusement,
cette partie du commentaire tourne souvent au grand déballage
: si ce n’est certainement
pas dépourvu d’intérêt (on appréhende
ainsi un peu mieux qui fut Mankiewicz), c’est néanmoins
fortement gênant. C’est de loin la partie la plus fournie
du commentaire, alors qu’on aurait souhaité finalement
que Geist, plus mesuré et plus documenté, prenne davantage
la parole. Celeste Holm ne révèle, somme toute, rien qui
soit de quelque importance : à l’entendre tout était
formidable sur le tournage, elle a énormément aidé
le réalisateur par son expérience de la scène,
et même sa rivalité avec Bette Davis, pourtant féroce,
est balayée en deux platitudes polies. Dans l’ensemble,
le commentaire se montre riche en informations, bien réparties
dans la durée du film (très peu de temps morts).
Commentaire audio de Sam Staggs. Pour l’essentiel,
Staggs récite le contenu de son livre, avec peu d’additions
significatives. On ingurgite donc une masse considérable d’informations,
la plupart assez triviales, mais certaines réellement intéressantes
pour peu que l’on soit passionné par ce film. Dans la mesure
où All about All about Eve n’a à ce jour
pas été traduit en français, ce commentaire est
un substitut plutôt agréable au livre (d’autant que
Staggs est bien plus agréable à écouter qu’à
lire).
Disque 2
Documentaires :
Dans les coulisses d’Eve (Backstory
- Foxstar Productions / American Movie Classics) (24 min) : des
zooms fatiguants rythmant des images d’archive et des extraits
du film, autour d’un historique de l’élaboration
du film. Quelques anecdotes intéressantes noyées dans
un récapitulatif assez convenu.
Interview de Bette Davis dans le magazine Newsweek (1’12’’)
: petit module promotionnel où Bette Davis débite essentiellement
des tirades qui sont celles d’Addison dans le film, afin de caractériser
Eve.
Interview d’Anne Baxter dans le magazine Woman’s home
companion (1’17’’) : tout aussi artificiel que
le précédent, mais au moins les réponses d’Anne
Baxter ne sont pas calquées sur les dialogues du film !
Fox
Movietone News : extraits de brèves d’actualité
de l’époque :
1951, Oscar de la meilleure mise en scène (2’23’’)
1951, Hollywood se rend au gala de l’avant-première d'Eve
(1’49’’)
Prix Holiday Magazine (2’43’’)
Prix Look Magazine (1’36’’)
Totalement anecdotiques, mais présentent l’intérêt
de nous montrer brièvement les protagonistes de l’histoire
ailleurs que sur un plateau de cinéma. On pourra s’amuser
de voir George Sanders arriver à l’avant-première
d’Eve au bras de sa femme Sari (future Zsa-Zsa)
Gabor, encore brune à l’époque.
Bande-annonce cinéma : il s’agit en fait
du module promotionnel pour Newsweek, plus des bouts de scènes
du film. Son état de dégradation (noir et blanc charbonneux,
salissures, manque de définition) permet de mieux mesurer les
progrès apportés par la restauration.
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