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![]() Six courts métrages d’animation réalisés, écrits et produits par Jan Svankmajer, qui mettent en scène des personnages face à des situations absurdes, des corps en (dé)construction ou encore des visages modelés et animés à partir d’objets issus de la vie courante... |
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En 1983, un court métrage d’animation tchèque est diffusé lors du Festival international d’Annecy. Intitulé Les Possibilités du Dialogue, ce film crée l’évènement et remporte le Grand Prix. La même année, il est en compétition à Berlin et rafle l’Ours d’Or du meilleur court métrage. L’Europe occidentale est alors subjuguée par le travail de Jan Svankmajer, artiste surréaliste tchèque âgé de 48 ans. Né en 1934 à Prague, Svankmajer a toujours été fasciné par les arts plastiques. Etudiant, il intègre d’abord l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs, puis la Faculté de Théâtre et des Beaux Arts de Prague où il se spécialise dans la technique des marionnettes, dont la tradition est profondément ancrée dans la culture tchèque. Il développe alors ses premières oeuvres composées de collages, travaille sur les objets du quotidien et donne naissance au concept de ‘poème tactile’. A la fin des années 50, Svankmajer découvre le cinéma et décide de l’utiliser pour donner ‘vie’ à ses oeuvres. En 1964, il réalise son premier film d’animation (Le dernier truc de M. Schwarzewald et de M. Edgar) pour les studios Kratky Film Praha et rejoint ensuite le groupe surréaliste de Prague mené par le poète Vratislav Effenberger. Composé d’artistes en tous genres mais également de philosophes, psychothérapeutes et autres intellectuels, le mouvement ne se considère pas comme un ‘Art’ mais plutôt comme ‘Un chemin vers la liberté, une manière de vivre’... (1) Auprès de ces hommes et de ces femmes, Svankmajer cherche à inscrire ses oeuvres dans une logique où le spectateur serait confronté à une absurdité de tous les instants. Il souhaite également créer un malaise à partir d’images allant dans un sens diamétralement opposé à celles de notre quotidien. A l’instar de ses amis surréalistes, Jan Svankmajer offre au public une autre vision du monde et pousse à la réflexion sur la condition humaine.
Obscurité, Lumière, Obscurité (Tma/Svetlo/Tma, 1989, 8 minutes) Prix spécial du jury au Festival de Cracovie en 1990, ce court
métrage de 8 minutes est certainement le plus dérangeant
de la série proposée par ‘Chalet Pointu’.
Svankmajer y met en scène deux mains de glaise animées
et enfermées dans une maison de poupées. Régulièrement,
on frappe à la porte et un nouvel élément du corps
humain fait irruption dans la pièce. Ce sont d’abord des
yeux, dont les mains ne savent que faire, des oreilles s’unissant
pour former un papillon, puis une tête à laquelle ils viennent
se greffer. Viennent ensuite une langue et une cervelle réelles
s’insérant dans la composition de glaise. Au final, le
corps prend forme, un homme est né, mais, trop grand, il reste
enfermé dans l’espace de la maison de poupées !
Ce qui choque dans cette oeuvre c’est la façon dont Svankmajer
manipule les matières organiques réelles. L’utilisation
d’une cervelle et d’une langue animale dans une animation
de sculpture en terre glaise crée le malaise : le sang et la
chair mêlés à une matière qui rappelle la
pâte à modeler de notre enfance provoquent un contraste
transformant le regard passif du spectateur moyen en un regard actif
et critique. On retrouve cette approche dans eXistenZ
(1999) de David L’Appartement (Byt, 1968, 13 minutes) Ce court métrage en noir et blanc tourné en 1968 met
en scène un homme pénétrant dans un appartement.
Très rapidement, ce personnage est confronté à
des situations absurdes : il essaie d’utiliser une cuillère
trouée pour manger une soupe, tente d’allumer une chaudière
inondée, casse un coquetier avec un œuf et se couche dans
un lit qui s’auto-détruit ! Ici Svankmajer s’inscrit
pleinement dans le mouvement surréaliste en exhibant des objets
dont la fonction n’est plus celle qui leur est attribuée
dans le quotidien. Dans ce sens, l’artiste se rapproche d’André
Breton qui déclarait chercher à ‘Traquer la
bête folle de l’usage’, ou Meret Oppenheim à
qui l’on doit ‘Déjeuner en fourrure’ représentant
une tasse, une soucoupe et une cuillère inutilisables car fabriquées
en fourrure animale. Réalisé en 1966, ce court métrage d’animation est décomposé en trois ‘articles’. Le premier montre un homme apprenant à utiliser des ailes pour voler entre deux chaises. Les dessins très sobres (l’homme est entièrement noir, ses traits sont grossiers et le fond est blanc) mettent en scène un personnage dont chaque membre semble découpé. On pense alors à une marionnette à laquelle l’animation donne du mouvement, et donc la vie. La seconde partie est une aquarelle en couleur où un homme tente de dresser un animal sauvage avec un fouet. La bande son très sommaire ne laisse entendre que le claquement du fouet et cet épisode fait également preuve d’une grande sobriété. Néanmoins, la séquence se termine par un changement de rôle puisque l’animal prend le fouet pour dresser l’homme ! Svankmajer fait ainsi preuve de son intérêt constant pour les situations surréalistes. Le dernier article décrit un homme dessinant une maison dans laquelle il essaie de pénétrer sans succès. Ici encore l’animation est extrêmement basique. L’intérêt de cet épisode repose encore sur l’interprétation politique que l’on peut donner aux images : l’homme ne peut rentrer dans la maison qu’il a créée. Après réflexion, il se saisit de son crayon et dessine sa demeure autour de lui. Il a enfin donné naissance à son rêve mais ne peut plus en sortir. Ici comme dans L’Appartement, les objets poussent l’homme vers une situation d’enfermement ...
Ce film qui a apporté à Svankmajer une notoriété internationale est certainement le meilleur des six courts proposés par Chalet Pointu. Les images sont d’une force rare et mêlent des objets prenant une forme humaine : les visages créés se dévorent entre eux pour être ensuite vomis et donner naissance à un nouveau personnage, des corps de glaise s’embrassent et se détruisent et enfin des têtes jumelles ingurgitent toutes sortes d’objets plus invraisemblables les uns que les autres... Ces images offrent évidemment une multitude d’axes d’analyses artistiques, politiques ou psychologiques. Mais au fond, l’élément le plus intéressant de ce court est certainement sa forme et notamment celle que Svankmajer utilise dans la première partie : des objets hétéroclites s’agencent pour dessiner un visage, évoquant ainsi les tableaux de Giuseppe Arcimboldo. Ce peintre maniériste italien du XV ème siècle est connu pour ses œuvres très avant-gardistes où les personnages sont composés de fruits, de légumes ou d’animaux sauvages et ce n’est pas un hasard si les Surréalistes admiraient tant cet artiste qui avait su, bien avant l’arrivée d’André Breton, détourner l’usage des objets et en faire une œuvre d’art à part entière. Chez Svankmajer, les visages ressemblent étonnamment à ceux d’Arcimboldo et prennent vie grâce à l’animation née d’un montage rapide et précis. Au final, le résultat obtenu séduit et crée la surprise. En découvrant ce métrage on comprend mieux l’intérêt que lui portèrent les jurys des festivals d’Annecy et Berlin ! Jeux Virils (Muzné Hry, 1988, 12 minutes)
Un montage rapide sur des planches naturalistes donne naissance à des coquillages, papillons ou divers insectes. Entre chaque espèce, le plan d’un visage avalant de la viande apparaît. L’homme est décrit comme un prédateur. La dernière planche filmée est celle de l’espèce humaine et, encore une fois, le visage ingère de la chair symbolisant ainsi l’idée selon laquelle l’homme est un prédateur pour l’homme. On retrouve ici certaines obsessions cannibales de Svankmajer : comme dans Les Possibilités du dialogue, l’homme n’hésite pas à se nourrir de sa propre espèce après avoir dévoré toute la nature. Ici, il n’y a pas de mouvements dans l’espace, juste une succession d’images superposées. Svankmajer donne ainsi une sensation de vertige à son film. Un vertige devant cette situation à laquelle doit se confronter l’humanité. Au delà de la société qui empêche l’homme de s’épanouir, ce dernier détruit son environnement et sa propre espèce. Si Svankmajer offre une vision très sombre de la nature humaine, son métrage n’en demeure pas moins lumineux d’un point de vue thématique et extrêmement vivant grâce à une animation remarquable !
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Le DVD édité par Chalet Films est proposé dans un boitier cartonné au design particulièrement soigné. Un menu unique, animé et sonorisé, propose l’accès aux 6 différents films ou à une lecture continue. Le disque est accompagné d’un fascicule de 7 pages proposant une analyse très intéressante des thématiques développées par Jan Svankmajer. Image : Globalement l’image proposée sur le DVD sera considérée de qualité moyenne par tous les ayatollahs de la technique !! Néanmoins, Svankmajer a toujours travaillé avec de petits budgets et il paraît logique que ses bobines n’aient pas la patine d’un Walt Disney... Si l’on excepte l’Appartement, nous pouvons affirmer que les copies sont de bonne qualité : quelques tâches ou griffures apparaissent ça et là mais elles ne gâchent en rien le spectacle. La définition est bonne et les couleurs semblent bien gérées. D’un point de vue compression, il faut souligner que certains métrages souffrent d’une image légèrement bruitée (Obscurité, Lumière, Obscurité notamment) mais encore une fois, ceci n’est pas choquant lorsque l’on regarde ces films ! Son : De ce point de vue, rien à signaler. Les bandes sonores en mono sont claires et ne font preuve d’aucun défaut de type souffle ou saturation ... |
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Malheureusement, Chalet Films ne propose pas d’autres suppléments qu’une filmographie de Svankmajer. Néanmoins, ne leur jetons pas la pierre, l’édition d’un DVD avec un tel contenu est déjà en soi un acte de cinéphilie avancé et nous leur souhaitons bien évidemment longue vie tout en espérant rapidement un volume 2 des oeuvres de Jan Svankmajer ! |
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