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![]() Un soir d ‘été, Bill ‘Stocker’ Thompson (Robert Ryan) se prépare afin de participer à une soirée de boxe. Sa compagne (Audrey Totter), persuadée qu’il va perdre ce combat, tente de l’en dissuader. Mais Stocker croit encore en une possible victoire et se rend à l’Arena de Paradise City. Pendant ce temps, des malfrats essaient de truquer le match de Stocker et de s’assurer de sa défaite… |
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Ryan que les spectateurs ont pu voir dans Berlin Express (Jacques Tourneur, 1948), Feux Croisés (Crossfire, Dmytryk, 1947) ou Caught (Max Ophüls, 1949), et qui deviendra l’une des figures emblématiques du film noir, est incontestablement l’acteur idéal pour le rôle de Stocker. D’origine irlandaise, sa jeunesse est partagée entre deux passions : le théâtre et la boxe. Pendant ses quatre années d’études au Dartmouth College, il obtient puis conserve le titre universitaire des poids lourds. Sa destinée le mène ensuite sur les planches des théâtres de Chicago, puis vers Hollywood sans cesse en quête de nouveaux talents. Dans The Set up, il livre une interprétation remarquable tant sur le ring (où il n’a aucun mal à incarner le boxeur qu’il fut pendant des années), que dans les vestiaires ou auprès de sa fiancée. Son extraordinaire présence à l'écran, la technique avec laquelle il intériorise ses sentiments, son jeu empreint de rigueur et de justesse rendent son interprétation inoubliable. Ce rôle vaudra à Ryan les honneurs de la critique et propulsera sa carrière : Nicholas Ray, Anthony Mann, Raoul Walsh ou Sam Peckinpah remarqueront son talent et l’utiliseront ensuite pour notre plus grand bonheur dans des chefs-d’œuvre parmi lesquels Cote 465 (Men in War, 1957), La maison dans l’ombre (On dangerous Ground, 1956), La horde sauvage (The Wild Bunch, 1969) ... etc. Robert Ryan et Robert Wise se réuniront de nouveau pour Le coup de l’escalier (Odds against tomorrow) en 1959.
A l’époque certains ont reprochét un certain manque de ‘glamour’ à la tête d’affiche de Nous avons gagné ce soir (Howard Hughes notamment (2)). Ce choix correspond pourtant au souci de réalisme exprimé par Robert Wise : Stocker fait un métier exceptionnel mais sa personnalité et ses préoccupations restent proches de celles du public. Lorsque le boxeur se rend à l’Arena, Robert Wise utilise un cadre fixe et une courte focale : dans ce plan magnifique, Robert Ryan avance vers la caméra au milieu d’un décor écrasant. Vêtu d’un costume quelconque et portant une sacoche abîmée, il est à l’image de n’importe quel citadin en route pour une journée de travail. Quand il entre dans la salle de boxe, notre héros pénètre un monde de violence dont l’épicentre est situé sur le ring. Comme le souligne avec justesse Martin Scorsese (dans le commentaire audio qui accompagne l’édition DVD zone 1), le ring peut être vu comme une allégorie de la vie. Une vie baignée dans la brutalité où il faut savoir donner mais aussi recevoir des coups pour exister. Dans l'Amérique libérale de l'après-guerre, le processus d’identification du spectateur au héros fonctionne parfaitement !
Mais si The Set Up fait figure de référence
en matière de technique de mise en scène c’est avant
tout dans sa gestion du temps. Après avoir lu le script, Wise
a immédiatement une idée que l’on peut qualifier
de géniale pour l’époque : la durée du film
respectera à la minute près celle de l’action. Ce
procédé adopté par Hitchcock la même année
dans La
corde (Rope,
1949), qui sera ensuite repris dans Le train sifflera trois
fois (High Noon, 1952), Cleo de 5
à 7 (Agnès Varda) et qui est aujourd’hui
remis au goût du jour avec l’époustouflante série
télévisée 24 heures chrono (Hopkins/Cochran,
2001) est assez difficile à mettre en œuvre. Dans Nous avons
gagné ce soir, Robert Wise témoigne de l’égalité
entre le temps du film et le temps diégétique grâce
à un premier plan qui zoome sur la rue et nous permet de voir
l’heure affichée sur l’horloge : 21h05. Ensuite le
réalisateur insère des prises de vue sur le réveil
de la chambre de Stocker et termine son récit par un plan diamétralement
opposé à celui d’introduction : l’horloge
affiche cette fois 22h17. Le film qui dure 72 minutes a parfaitement
respecté le temps de l’action. Ne sachant pas exactement
combien de temps durerait son métrage après montage, Robert
Wise dut refaire son plan final une dizaine de fois avec des heures
différentes (22h16, 22h18 … etc.) afin que la durée
du film respecte celle de l'action !! Toutefois, il ne s’imposa
cette contrainte que sur le plan final et les plus pointilleux remarqueront
que, pendant le récit, les inserts sur l’horaire affiché
par le réveil ne cadrent Mise à part cette petite anecdote, il n’en demeure pas moins que le procédé reste très efficace. Certes, il ne dépend pas comme c’est le cas dans 24 heures chrono d’une échéance horaire source de questions et d’angoisses (3), mais il donne cette impression de vivre la soirée de boxe en direct et de passer sa séance de cinéma au cœur de l’action. Un pur bonheur de spectateur ! Avec The Set Up, Robert Wise faisait son entrée dans la cour des grands en signant un film qu'il qualifie lui-même de "série B par le budget mais de série A par la qualité de sa mise en scène" (4). Dans L’Ainé des Ferchaux (1963), Jean-Pierre Melville rend hommage à Wise et au film lorsque Jean-Paul Belmondo déclare : " Si nous avions gagné ce soir … ". Aujourd’hui encore, des cinéphiles de renom comme Martin Scorsese (4) considère The Set Up comme le meilleur film de boxe jamais réalisé. Le cinéaste new-yorkais s’en est d'ailleurs inspiré pour mettre en scène un autre chef-d’œuvre du genre : Raging Bull (1980) et l’a projeté sur le plateau de The Aviator (2004) afin que son équipe découvre cette petite merveille.
(1) Témoignage d’Audrey Totter : "It was exceptional.
I was still at Metro, and they called me in and told me that I was wanted
for this film at RKO. It was a boxing film. They told me Robert Wise
was directing, and I didn't know him at that time. I wasn't too enthused,
but they suggested I take the script home and read it. Well, it was
wonderful … A wonderful script , a good part, and a good concept.
The picture was to be done in "real" time, which meant the
action takes place in the same time frame as the length of the film.
So, I agreed to meet Robert Wise, and he was so full of |
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Son : un mono d'origine tout à
fait correct, sans souffle excessif ni saturation, aux dialogues intelligibles. |
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Si, sur le papier, ce supplément pouvait faire rêver, il faut avouer qu’il n’est pas à la hauteur de nos espérances. Ceci pour la simple raison qu’il ne s’agit pas d’un commentaire audio croisé entre les deux intervenants mais d’un montage de leurs deux interventions respectives. Robert Wise et Martin Scorsese respectent donc l’exercice du commentaire audio grâce à leurs propos pertinents mais les pistes ayant manifestement été enregistrées séparément, aucun dialogue ne s’engage entre les deux cinéastes. Passé cette déception, il n’en demeure pas moins qu’un commentaire par Robert Wise en personne et Martin Scorsese le ‘machine gun cinéphile’ reste un excellent document à découvrir. Robert Wise parle du film avec une certaine nostalgie. Il revient notamment sur sa genèse et raconte quelques anecdotes de tournage. Au début du commentaire il est assez peu bavard. On le sent plongé dans les images qu'il continue d'admirer avec passion. Puis sa langue se délie, et il revient plus en détails sur l'histoire du tournage, les techniques mises en oeuvre et les rapports avec les comédiens. En tant qu'historien du cinéma, Martin Scorsese replace le film dans son époque et souligne, par exemple, l'influence de l'expressionnisme allemand sur les productions des années 40 (dont The Set Up). Son commentaire est beaucoup plus analytique que celui de Wise mais il exprime également son admiration pour le film. Ainsi il déclare que le combat de Stocker est le meilleur qu'il ait jamais vu filmé au cinéma !!
Rapide mais sympathique présentation du film par Serge Bromberg,
comme dans les autres titres de la collection Pocket. |
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