Assassinat : Le 8 juillet 1853, le commodore Matthew Perry accoste dans la baie d’Edo. Le Japon, alors encore soumis au Shogunat des Tokugawa est en proie à des remous internes. La tension monte entre les samouraïs pro-impériaux, xénophobes et hostiles à l’ouverture des ports aux américains par le shogun et les autorités shogunales. Ces dernières libèrent Kiyokawa Hanshiro, pourtant samouraï rebelle afin de mener une troupe pour réprimer la révolte. Celui-ci mènera le jeu à sa manière.


Fleur pâle :
De retour sur le territoire de son gang après trois ans de prison pour le meurtre d’un homme d’un clan adverse, Muraki fais la connaissance dans un cercle de jeu tenu pas son Clan de Saeko, jeune femme à la recherche de sensations fortes. Très vite, le yakuza va ressentir une sorte de fascination pour cette jeune femme hors normes. Il découvrira en parallèle que beaucoup de choses ont changé depuis son départ.

La guerre des espions : En l’an 1614, une paix relative règne entre les clans Tokugawa vainqueurs 14 ans plus tôt de la bataille de Sekigahara et le clan Toyotomi. Les deux puissances s’observent et se livrent une guerre par espions interposés, Toyotomi attendant le moment pour frapper et prendre le pouvoir à son adversaire. Sarutobi Sasuke, ninja du clan Sanada qui avait combattu au côté de Toyotomi mais restait neutre depuis se retrouve malgré lui impliqué dans cette guerre froide que se mènent les deux clans.


Double suicide à Amijima :
Jihei est un petit marchand de papier dont les affaires ne fonctionnent pas très bien. Il est marié à Osan dont il a des enfants, mais entretient depuis des années une relation avec une courtisane qu il promet de racheter régulièrement. Leur relation est malheureusement sans avenir et les deux amants décideront de mourir ensemble un soir à Amijima.

Assassinat
(Ansatsu)
Réalisé par Masahiro Shinoda
Avec Tetsuro Tamba, Eiji Okada, Eitarô Ozawa, Isao Kimura, Muga Takewaki, Shima Iwashita, Keiji Sada
Scénario : Nobuo Yamada, d'après le roman de Ryotaro Shiba
Photographie : Masao Kosugi
Musique : Tôru Takemitsu
Japon - 104 mn - 1964

Fleur Pâle
(Kawaita hana)
Réalisé par Masahiro Shinoda
Avec Ryo Ikebe, Mariko Kaga, Takashi Fujiki,
Chisako Hara, Eijirô Tono, Seiji Miyaguchi
Scénario : Masahiro Shinoda et Masaru Baba, d'après le roman de Shintarô Ishihara
Photographie : Masao Kosugi
Musique : Tôru Takemitsu
Japon - 96 mn - 1964

La Guerre des espions
(Ibun Sarutobi Sasuke)
Réalisé par Masahiro Shinoda
Avec Jun Hamamura, Yasunori Irikawa, Shintarô Ishihara, Takeshi Kusaka, Seiji Miyaguchi, Eiji Okada
Scénario : Yoshiyuki Fukuda, d'après le roman de Koji Nakada
Photographie : Masao Kosugi
Musique : Tôru Takemitsu
Japon - 99 mn - 1965

Double suicide à Amijima
(Shinjû: Ten no amijima)
Réalisé par Masahiro Shinoda
Avec Shima Iwashita, Kichiemon Nakamura, Kamatari Fujiwara, Jun Hamamura, Sumiko Hidaka
Scénario : Masahiro Shinoda, Tôru Takemitsu et
Taeko Tomioka, d'après la pièce de Monzaemon Chikamatsu
Photographie : Toichiro Narushima
Musique : Tôru Takemitsu
Japon - 103 mn - 1969

Début des années soixante, la télévision commence à faire des ravages dans l’industrie du cinéma. Une grosse maison de production comme la Shokiku voit la popularité de ses mélodrames diminuer. Désireux d’injecter une bouffée d’air frais dans les productions du studio, le directeur Shiro Kido décide de donner une chance à de jeunes réalisateurs dont la fraîcheur et la liberté de ton sont susceptibles d’attirer à nouveau le public dans les salles. Masahiro Shinoda tout comme ses contemporains Nagisa Oshima et Yoshishige Yoshida vont bénéficier de cette confiance et former avec des personnalités comme Shohei Imamura ce qui sera la « nouvelle vague » japonaise (1). A l’instar des autres réalisateurs de sa génération comme Kinji Fukasaku et les sus-cités, Shinoda était adolescent dans l’immédiat après-guerre, il a vécu de l’intérieur les profonds bouleversements d’une société japonaise en pleine mutation qui plus est, prise en otage dans la guerre froide. Ces enfants qui avaient grandi avec un Empereur-dieu dans un Japon encore profondément renfermé sur lui-même, se sont retrouvés confrontés à ces notions jusqu’alors inconnues pour eux que sont capitalisme et démocratie. Shinoda intégrera à plusieurs reprises dans ses réalisations cette thématique d’une société japonaise que de profonds changements ont laissé déboussolée et déstabilisée ; tout comme elle sera d’ailleurs au centre de nombreuses productions de la « Nouvelle vague ».

Fleur pâle

Le personnage de Muraki dans Fleur pâle est un bel exemple de cet état d’esprit japonais dans l’après-guerre. De retour sur « son territoire » après trois ans de prison, il découvre que son monde a changé. Son clan a conclu un pacte avec le clan adverse, les codes ne sont plus ceux qu’il a connus…. Il ne s’adaptera pas à cette nouvelle situation et se sacrifiera pour le clan en assassinant l’Oyabun qui les menaçait directement. Son retour en prison pouvant être vu comme une fuite en avant, de ce nouveau chaos qu’il ne reconnaît plus et où il n’est plus vraiment reconnu, où il ne se sent plus « vivre », vers un milieu apaisant et connu. Il avouera d’ailleurs à Saeko en parlant du meurtre qui l’a conduit en prison la première fois : « Mais au moins, quand je l’ai tué, je me suis senti vivre ». Le « Maintenant, je flambe » qui suit illustre bien son désarroi et son inconfort. Ce nouveau monde n’est pas pour lui. Seule la jeune femme lui donne un temps l’illusion d’un sens nouveau à sa vie. Dès qu’il la voit, il est aussitôt attiré et fasciné par ce personnage qui fait un peu tache dans cet univers machiste. Shinoda en fait une tache blanche lumineuse, une fleur pâle dans l’univers secret et sombre des salles de jeu. Saeko est un personnage à part dans un cinéma nippon habitué aux héroïnes soumises et humiliées. Elle est forte, libérée et constamment à la recherche de sensations toujours plus fortes. Elle a l’inconscience et le sens transgressif de la jeunesse. Tout cela va fasciner le yakuza qui ira jusqu’à lui offrir la sensation ultime en assassinant sous ses yeux le caïd du clan Imai. Meurtre auquel elle assistera en spectatrice fascinée et qu’elle laissera faire pour que l’homme qu’elle aime puisse « vivre » à nouveau. Cette métaphore du japon moderne, Shinoda nous l’offre dans un écrin à l’esthétique travaillée dans un superbe noir et blanc aux contrastes appuyés. Fleur pâle recèle des moments de grâce et de modernité incontestables. L’introduction avec son monologue mélancolique ou le meurtre final lyrique, stylisé confèrent au métrage une charge émotionnelle indiscutable et le travail sur la lumière fait du film une œuvre où le ressenti par rapport aux stimuli visuels est presque plus important que l’histoire elle-même. Fleur pâle est un film d’ambiance où le peu d’histoire n’est que prétexte à faire ressentir les états d’âme de ces personnages errants (2). Shinoda s’attarde sur les visages, étire les plans dans l’appartement du yakuza pour mieux faire ressentir sa solitude, son malaise, revient sur les visages, les mains, les jeux, détaille longuement les différents rituels qui accompagnent les parties de cartes... Le film ne comporte finalement que peu de dialogues, tout passe par une image travaillée à l’extrême. Bien que très réussi esthétiquement parlant, Fleur pâle pèche cependant par un rythme que Shinoda voudrait posé voire contemplatif mais qui est parasité par quelques scènes plus nerveuses qui lui ôtent une peu de sa magie.

Adapté du roman de Shintaro Ishihara (3), Kawaita Hana, Fleur pâle fut un succès d’autant plus inespéré que le film eût de sérieux démêlés avec la censure en raison des nombreuses scènes de jeu qui y sont décrites (4) bien plus que pour une violence d’ailleurs relativement peu présente. Il fallut l’intervention de Ishihara en personne et de Shuji Terayama (5) pour que le film puisse bénéficier d’une ressortie.

Assassinat

Réalisé dans la foulée de Fleur pâle et bénéficiant d’un budget conséquent grâce au succès de ce dernier, Assassinat est la concrétisation d’un rêve de réalisateur pour Shinoda, à savoir, mettre en scène un Jidai-geki. Frustré par la puérilité des chambaras de l’époque, notamment par les productions de la Toei, Shinoda décide d’adapter à sa façon un roman de Ryotaro Shiba (6) lui-même inspiré de faits réels. Pour ce faire, il chorégraphie lui-même les combats et effectue avec son chef opérateur Masao Kosugi un travail stupéfiant sur la lumière. Au-delà d’une intrigue passionnante intégrant de nombreux événements déterminants de l’histoire du Japon, Assassinat est avant tout le superbe portrait d’un homme à la personnalité riche et de l’obsession que cet homme est devenu pour le samouraï chargé de l’assassiner. Shinoda fait certes de Kiyokawa Hashiro le personnage ambigu, intelligent, manipulateur, ambitieux qu’il était dans la vie réelle mais il lui ajoute également une dimension émotionnelle indéniable et une complexité qui va au-delà de la simple relation de faits historiques. Le Kiyokawa Hashiro de Assassinat n’est pas que le personnage froid et calculateur qui n’hésite pas à tuer ses anciens compagnons pour arriver à ses fins politiques, il est aussi un homme qui doute, qui aime et qui peut souffrir de son propre comportement. Shinoda choisit, pour ce portrait une narration toute en nuances, utilisant alternativement des flash-back présentant un Hashiro implacable et d’autres plus intimes où le personnage se fait plus fragile (voir à ce titre la superbe séquence où il annonce à Lotus qu’il a tué pour la première fois et où il la supplie de ne pas l’abandonner…). Parallèlement à l’ascension de ce fils de paysan cultivé au statut de Shogun, Shinoda nous conte la véritable descente aux enfers de Sasaki (formidable Isao Kimura que l’on déjà pu apercevoir notamment dans Les sept samouraïs), celui qui est chargé de l’éliminer et pour lequel il est devenu une véritable obsession. « Je ne pourrai plus vivre longtemps si je ne le tue pas… ».

A l’instar de Fleur pâle, Assassinat bénéficie de superbes éclairages faisant, contrairement à son prédécesseur, la part belle aux lumières naturelles, ce qui confère à certaines séquences une atmosphère tout à fait particulière.

La guerre des espions

Adapté du roman Ibun Sabutori Sasuke (littéralement « Sabutori Sasuke, l’étrange ») de Koji Nakada, La guerre des espions est à nouveau prétexte à faire un parallèle avec la situation politique du Japon dans les années cinquante. Comme l’explique Shinoda dans les bonus, dans les années 50 / 60, coincé entre les Etats-Unis et L’Union Soviétique alors en pleine guerre froide, le Japon ne savait plus vers qui il pouvait se tourner. Sarutobi Sasuke se retrouve dans la même situation, naviguant entre les clans Toyotomi et Tokuwaga sans vraiment vouloir choisir son camp (il ne le choisira d’ailleurs pas puisque la dernière phrase du film nous apprend qu’il ne participera à la bataille qui opposera les deux clans quelques années plus tard). Comparé aux autres films du coffret, La guerre des espions se fait plus léger, moins dramatique dans le ton, sans pour autant se départir d’une certaine réflexion politique. Le réalisateur y met beaucoup de lui-même, de son vécu (l’enfant au corbeau inspiré de ses propres souvenirs…) et de ses convictions... Bien que plus classique et plus sobre dans sa forme, le film bénéficie malgré tout, comme les autres, d’un soin particulier dans la mise en image tant du point de vue cadrages qu’au niveau des éclairages, avec toujours de très beaux gros plans sur les visages des acteurs. Peut-être plus « mineur » comparé aux autres, La guerre des espions n’en demeure pas moins un excellent film d’action qui se laisse suivre sans temps morts avec beaucoup de plaisir.

Double suicide à Amijima

En 1966, après les démêlés qu’il eût avec le studio lors de la réalisation de La guerre des espions , Shinoda décide de quitter la Shokiku (a l’instar d’Oshima et Yoshida) pour fonder sa propre maison de production de façon à pouvoir réaliser ses films de manière totalement indépendante. C’est ainsi qu’il fonde la « Société d’expression (Hyogen Sha) ». C’est dans ce contexte et en association avec l’A.T.G (7) que Masahiro Shinoda met en scène en 1969 ce Double suicide à Amijima qui tient autant du théâtre filmé que de l’œuvre de cinéma d’avant-garde voire expérimental. Le film qui s’inspire d’une œuvre de Monzaemon Chikamatsu écrite pour le bunraku (théâtre traditionnel de marionnettes japonais) s’ouvre sur la préparation d’un de ces spectacles avec en voix off, Shinoda discutant avec sa scénariste de certains points concernant le film et notamment la scène de suicide. Le film lui-même se déroule en grande partie dans des décors stylisés chargés d’une forte symbolique (8). Shima Iwashita (qui jouait déjà le rôle de Lotus dans Assassinat ) tient à la fois le rôle d’Osan la femme de Jihei et celui de Koharu, sa maîtresse et le champ est constamment traversé des 'kuroko' (9) qui prennent régulièrement part à l’action. Si le sujet et le scénario ne sont pas des plus originaux (le thème du double suicide est traité dans le théâtre japonais depuis le XVIIème siècle et a été traité de nombreuses fois au cinéma), tous ces éléments concourent à faire du film une œuvre tout à fait à part, fascinante et déstabilisante (surtout pour le public occidental peu habitué aux formes théâtrales japonaises). Shinoda réussit le tour de force, non seulement de réaliser un film étonnant avec un budget des plus restreint et un scénario de base mainte fois revisité dans le cinéma nippon, mais aussi de surprendre et de réinterpréter ce matériau original pour en faire une réflexion sur le destin (ici matérialisé par les kurokos qui manipulent les acteurs comme ils manipuleraient des marionnettes (10)). Les amants n’ont de cesse de fuir ce destin qui s’impose à eux, qu’ils se sont imposé en s’aimant au-delà des lois qui régissent la société médiévale dans laquelle ils vivent. Ils n’ont de cesse de fuir cette mort qu’ils se sont imposé (Koharu le dit clairement au « samouraï », mais tout le drame final vers le cimetière et le lieu où les amants mourront illustre ce dilemme – les amants reviennent continuellement sur cette mort q’ils redoutent et ont pourtant choisi). Les kuroko les suivent durant tout ce cheminement comme pour s’assurer que le destin s’accomplit, n’hésitant pas à les guider vers ce double suicide qui ne peut qu’être l’aboutissement de leur amour... Ainsi, ce sont eux qui dresseront la potence pour Jihei…

Même si sa carrière n’a pas eu la renommée de celles de ses illustres contemporains, Masahiro Shinoda se pose au travers de ces quatre films en fin esthète. Goût pour l’esthétisme qui lui fut d’ailleurs souvent reproché (notamment par Max Tessier). Pourtant, s’il est vrai que ses films sont moins immédiats d’accès que ceux de certains de ses contemporains, c’est peut-être parce qu’ils s’adressent par moments plus aux sens qu’à l’intellect. Cet esthétisme poussé parfois au profit de l’histoire n’en appauvri pas la force, au contraire, elle la renforce ; il est vecteur de signification et porte l’histoire en lui. Une fois de plus Wild side exhume de petits bijoux pour notre plus grand plaisir et nous donne à revoir dans deux rôles marquants le grand Tetsuro Tamba récemment décédé.


(1) Pour ces jeunes réalisateurs dont la moyenne d’age tournait autour de la trentaine (en 1960, Shinoda a 29 ans, Yoshida, 27, Oshima, 28), c’est une aubaine. Avant cela, le système des studios les obligeait à être assistant réalisateur de nombreuses années avant de se voir confier un budget comme réalisateur.

(2) Shinoda avoue d’ailleurs dans les bonus qu’on l’avait critiqué pour avoir fait un film dénué d’histoire.

(3) Egalement auteur de scénarii (comme le Crazed fruit de Ko Nakahira) et réalisateur (il réalisa notamment The young beast et co-réalisa avec Marcel Ophüls, Truffaut et Wajda, L’amour à 20 ans en 1962), il fait une apparition à la fin de La guerre des espions dans le rôle de Saizo Kirigakure, l’ami de Sasuke.

(4) A l’époque de sa sortie, les jeux d’argent étaient toujours interdits au Japon. En faire l’apologie et une description aussi détaillée était considéré comme un summum d’immoralité. D’un autre côté, la fascination pour un interdit enfin dévoilé contribua beaucoup au succès du film.

(5) Poète, réalisateur d’avant-garde et scénariste notamment pour Shinoda, Terayama fut une figure marquante de la nouvelle scène artistique nipponne des années soixante.

(6) Romancier dont Hideo Gosha adaptera la nouvelle Hitokiri Izo en 1969.

(7) Nihon Art Theater Guild. Fondée en 1962, cette société avait pour vocation de diffuser des films plus « art et essai », peu susceptibles de rallier un public large. L’A.T.G. débuta par la distribution de films d’auteur étrangers avant de se tourner vers productions nationales. Nagisha Oshima fut un des premiers à la soutenir.

(8) Une expérience qui est ici la conséquence d’un budget restreint, mais qui procède également d’une réflexion sur la nature même des décors et leur signification. On ne peut s’empêcher de penser à une autre expérimentation dans le domaine, celle de Lars Von Trier dans Dogville ou Manderlay.

(9) Les kuroko sont, dans le théâtre traditionnel japonais des assistants habillés de noirs qui aidaient les acteurs sur scène et manipulaient les marionnettes au bunraku.

(10) Tout comme ils peuvent être vus comme le souligne Shinoda comme une matérialisation de l’auteur qui manipule ses personnages pour construire son récit. Ce qui en fait également une intéressante réflexion sur la narration.



Image :
Ceux qui ont pu apprécier la qualité technique du coffret Eiichi Kudo seront heureux de retrouver un niveau au moins équivalent ici. Ainsi, les quatre films bénéficient de transferts superbes. Les masters ont encore une fois été nettoyés au mieux et bénéficient d’une compression sans failles. La gestion des contrastes rend parfaitement honneur au superbe travail sur la lumière effectué sur ces films ; ainsi, les noirs sont on ne peut plus profonds, et si on peut trouver certains blancs un peu brûlés, il est fort probable que cela soit plus de par la volonté du réalisateur et de son chef opérateur que par un contraste trop poussé lors du transfert par Wild side. Côté définition (souvent le point faible de l’éditeur), les films bénéficient d’une définition stupéfiante ; Assassinat et Double suicide à Amijima étant légèrement moins bien définis que les autres. Du très beau travail.

Son : Sons mono clairs et bien nettoyés. Un peu en retrait pour Double suicide à Amijima.

Wild Side Video
104/96/99/103 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapîtrage animé

Format cinéma : 1.33 : 1 / 2.35 : 1
Format vidéo
: 4/3 / 16/9 compatible 4/3
Langues : japonais mono
Sous titres : français

Présentée au travers de très beaux menus animés, l’interactivité se montre très instructive.

- Entretien avec Masahiro Shinoda (4 modules de +/-15 minutes VOSTFr) répartis sur les quatre disques. Le réalisateur discute avec beaucoup de bonne humeur et de franchise et explicite au cours de ces entretiens ses choix artistiques ainsi que le contexte historique et/ou culturel dans lequel s’inscrivent ses films. Ces modules se suivent avec beaucoup d’intérêt et de plaisir et constituent le véritable point fort de cette interactivité.

- Assassinat - Passions extrêmes : Le réalisateur revient tout d’abord sur la situation des studios de la Shokiku au moment du tournage du film et sur l’emploi des bougies et son impact sur l’esthétique du film puis s’attarde sur le contexte historique dans lequel évolue le film. Il explique ainsi l’importance de la restauration Meiji pour le Japon, le retour vers un certain nationalisme et fait un comparatif intéressant avec les régimes islamiques et avec la révolution menée par Khomeini. Il fait ensuite un parallèle avec le Japon d’aujourd’hui et évoque la vie du véritable Hashiro.

- Fleur pâle - Esthétique de la clandestinité : Intarissable sur son sujet, Shinoda parle tout d’abord du roman d’Ishihara et de ses relations avec le romancier qui l’introduisit dans des tripots clandestins dirigés par des clans avant de se lancer dans un historique érudit des jeux de cartes Hanafuna et des Yakuzas. L’entretien se termine avec l’évocation des problèmes que le film eût avec la censure.

- La guerre des espions - L’incertitude du chaos : Le réalisateur nous parle de sa passion pour les romans noirs de Dashiell Hammet et Raymond Chandler et explique que pour lui, Sarutobi Sasuke est une métaphore d’un Japon fragile perdu dans la guerre froide. Il revient ensuite sur la signification des scènes avec l’enfant, sur la difficulté de tourner dans les forêts et nous donne quelques anecdotes techniques concernant le tournage avant de terminer sur l’apparition finale de Shintaro Ishihara et sur l’implication politique de celui-ci.

- Double suicide à Amijima : Shinoda explique dans cet entretien que « Double suicide à Amijima » fût un coup de poker pour lui. Bénéficiant d’un tout petit budget, il dû rivaliser d’astuce pour arriver au résultat qui se trouve sur l’écran. Il revient sur les raisons du choix de la pièce de Monzaemon Chikamatsu et la symbolique des décors de son film, les barreaux, les peintures au mur et au sol ainsi que la raison de la présence des kuroko. Il termine sur la thématique du désir et du plaisir qui a remplacé la politique dans son œuvre et explicite le double suicide et sa signification dans la société shogunale et dans l’œuvre de Chikamatsu.

- Entretien avec Mark Schilling (26 min en VOSTFr) : Schilling connaît son sujet, ce n’est pas pour rien qu’il est l’auteur de The Yakuza Movie Book: A Guide to Japanese Gangster Films, No Borders, No Limits: Nikkatsu Action Cinema ou Contemporary Japanese Film (malheureusement non traduits en français et l’homme est éminemment sympathique, mais ce module, bien que regorgeant d’informations, part un peu dans tous les sens. Ainsi, Schilling commence-t-il en introduisant ce qui selon lui est le schéma type d’un yakuza-eiga pour faire une comparaison/analyse de Fleur pâle, puis, il passe du coq à l’âne en évoquant tour à tour Yoshio Kodama (yakuza « historique » ayant évolué durant la guerre froide), l’implication des gangs dans le rétablissement de l’ordre public, le problème des kankokujin (asiatiques non-japonais) et leur place dans les organisations criminelles… Le reste de l’entretien est plus axé cinéma. Il analyse ainsi la thématique de la corruption de la société japonaise dans l’œuvre de Kurosawa et l’influence que celui-ci a eu sur Kinji Fukazaku tout comme celle de l’évolution de la société japonaise après la guerre sur le cinéma nippon en général. Il se livre enfin à une analyse de Fleur pâle et des éléments du film qui en font un film un peu à part par rapport aux yakuza-eiga plus traditionnels pour terminer sur l’influence des yakuzas sur les sociétés de production nippones.

- Galeries de photos : 26 photos et une affiche pour Assassinat, 22 photos et deux affiches pour Fleur pâle, 12 photos et une affiche pour La guerre des espions et 10 photos pour Double suicide à Amijima.

- Liens internet : www.wildside.fr, www.wildbunchdistribution.com, www.wildside-lemagasin.com, www.gebekafilms.com, www.wildside.fr/blog.

- Filmographie de Masahiro Shinoda

La présence de ces deux derniers suppléments sur tous les disques du coffret laisse augurer une sortie séparée ultérieure pour les quatre films comme cela a été fait pour le coffret Misumi.

Les autres films de Masahiro Shinoda chroniqués par Classik
aucun titre à ce jour

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