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Les
Treize tueurs : « Messire Narigutsu a toujours été
d’un naturel violent. Il ignore les devoirs exigés par son
rang et il commet des violences sexuelles. Son territoire connaît
souvent des révoltes paysannes.» Ainsi est présenté
Matsudaira Narigutsu, Seigneur du clan Akashi et demi-frère du
Shogun. Le 5 septembre à l’aube au château d’Edo.
Un homme s’est fait hara-kiri devant la porte de la résidence
du ministre Doi en protestation contre la nomination par le Shogun, du
Seigneur Narigutsu en tant que membre du conseil. Cet homme, c’est
Mamiya, chambellan du clan Akashi. Devant la nécessité d’empêcher
ce qu’ils considèrent comme une hérésie politique,
les membres du gouvernement chargent le ministre Doi d’organiser
l’assassinat du Seigneur Narigutsu. C’est l’inspecteur
Shimada Shinzaemon qui est chargé de réunir l’équipe
chargée de l’attentat. Douze hommes progressivement prendront
sa suite, prêts à donner leur vie pour la réussite
de l’entreprise.
Les Onze guerriers du devoir : Ere Tempo, 1838, lors
d’une partie de chasse sur son domaine, le Seigneur Nariatsu du
fief Tatebayashi, fils du Shogun retiré, viole la frontière
du |
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Nettement moins connu en nos contrées que ses illustres contemporains que sont Kenji Misumi ou Hideo Gosha, Eiichi Kudo est l’auteur d’une vingtaine de films essentiellement tournés dans les années soixante pour la Toei au sein de laquelle il débute en 1956 avec sa première réalisation : Fue-Fuki Waka Musha – Le guerrier joueur de flûte. Soutenu par Chiezo Kataoka (1), alors administrateur de la compagnie, il se voit allouer un budget assez confortable pour réaliser un Jidai-Geki qui renouvellerait un peu le genre alors doucement en perte de vitesse et assurerait de bonnes rentrés au studio. Ce Jidai-Geki sera Les Treize tueurs. « Quel que soit le destin qui nous attend, soyons fiers d’être samouraïs… » (Shimada Shinzaemon) Formellement, le premier nom qui vient à l’esprit en visionnant
Les Treize tueurs est Masaki Kobayashi. Le plan d’entrée
sur la porte de la résidence du ministre Doi est une copie quasi
conforme d’un des premiers plans de Harakiri
tourné un an auparavant. On retrouve le même rythme lancinant
dans le déroulement du récit, la même propension
aux mouvements de caméra lents et posés, la même
voix off qui ouvre et commente le récit… La comparaison
s’arrête cependant là, en effet, si esthétiquement,
le film de Kudo peut par certains points rappeler celui de Kobayashi,
thématiquement, Les Treize tueurs est l’antithèse
totale de Harakiri.
Là où Kobayashi proposait un drame réflexif poignant,
un réquisitoire implacable, une charge féroce à
l’encontre du système de valeurs médiévale,
d’un code d’honneur vidé de sens, le film de Kudo
met ouvertement en avant le sacrifice personnel pour une cause supérieure,
le sens de l’honneur et l’idée d’une certaine
noblesse dans l’esprit samouraï… Cette notion de sacrifice
est régulièrement abordée dans les dialogues. Le
Ministre Doi (Tetsuro Tamba) demande ouvertement à Shinzaemon
: «Tu mourras pour moi ?». De même, ce dernier
demandera à ses samouraïs en les recrutant : «Vous
acceptez de me confier vos vies ?»…
« La raison agit avec le bras des hommes » (Yamaga Soko) Bien que déroulant une intrigue fort proche de Les Treize
tueurs – un seigneur en passe de se voir accorder les
pouvoirs devient la cible d’un groupe contestataire qui va organiser
un attentat qui se terminera en boucherie – Le grand attentat
témoigne d’une implication plus personelle du réalisateur
dans la thématique et d’une évolution plus radicale
dans ses partis pris narratifs et de mise en scène. Les
Treize tueurs se montrait brillant, mais encore relativement
sage et classique dans ses audaces formelles. Le grand attentat
va plus loin dans l’utilisation de la caméra à l’épaule,
dans le style documentaire. Les scènes les plus éprouvantes
du film sont filmées sans recul. La caméra colle au plus
près des personnages, est maculée de sang et de boue tout
comme eux. Comme il l’avait déjà fait auparavant,
Kudo ne filme pas des combats stylisés et propres, il filme un
chaos de sabres et de kimonos où les cris des combattants dans
la bousculade sont autant de cris de rage, de douleur ou d’effroi…
La mort est lente, douloureuse, sale… Le sabre doit frapper plusieurs
fois pour abattre l’adversaire. Lorsque le sang coule, c’est
de manière réaliste sans aucun excès gore, pour
coller au plus près d’une réalité qu’on
sait éprouvante. Ce parti pris de mise en scène met en
avant les conséquences d’un esprit samouraï qui au-delà
de l’honneur et de l’obéissance au clan ne peut avoir
que la mort comme issue ainsi que l’exprimera Shinzaemon dans
Les Treize tueurs : « Tu sais, on dit qu’il
n’y a pas de règle à suivre dans la vie. Chez le
samouraï, si ! Vivre quand on veut mourir au combat. Mourir quand
on veut survivre au combat. » Sans qu’il n’y
ait
« Nous sommes déjà morts. Nous ne sommes plus de ce monde. Mais notre âme errera ici-bas tant que Nariatsu vivra. » (Hayato) Kudo revient à une forme relativement plus classique dans Les
onze guerriers du devoir pour nous offrir un film sensible,
élégiaque et mélancolique admirablement porté
par la superbe partition de Akira Ifukube (5). Se basant sur une trame
évoquant Chushingura, la fameuse histoire des
47 ronins, une des pierres angulaires du Jidai-Geki, Kudo et ses scénaristes
cisèlent une superbe histoire de vengeance aux accents profondément
tragiques. Encore une fois, comme il l’avait fait auparavant surtout
dans Le grand attentat, il privilégie la forme
chorale, étoffant plusieurs personnages évoluant autour
d’un personnage émergeant légèrement (Hayato
magistralement interprété par Isao Natsuyagi) dont l’histoire
personnelle occupe une bonne partie du métrage. Kudo profite
de quelques scènes intimes entre Hayato pour magnifier de petits
moments de tendresse comme on en voit rarement dans ce genre de production,
filmant avec une sensibilité incroyable une main, un visage (Junko
Miyazono rayonnante ou mélancolique) ou une caresse, léger
effleurement de la main exprimant toute la douleur d’une séparation.
Comme il l’avait fait dans Le grand attentat,
il dépeint avec justesse le déchirement d’un drame
familial et amoureux en une séquence poignante et sobre. Pourtant,
son film n’est à aucun moment pesant ou inutilement mélodramatique.
Parmi une distribution brillante, Ko Nishimura, de par son jeu décontracté,
offre un contrepoint intéressant au jeu intense du reste du casting
sans pour autant que cela trahisse le caractère torturé
et grave d’un personnage de rônin au passé chargé.
Il faut le voir terminer son repas, bien assis auprès du feu,
en pleine préparation d’une embuscade… On pense au
Mifune de Yojimbo
ou Sanjuro… Trois films pour trois épopées meurtrières, trois
ambiances totalement différentes. Kudo se pose avec cette trilogie
informelle en un auteur original capable avec les contraintes du studio
de réaliser des œuvres personnelles,dramatiquement chargées
mais jamais inutilement boursouflées ou appuyées… |
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Son : Mono japonais d’origine de très bonne qualité pour les trois films. |
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- Liens internet sur les trois disques Présentant des films rares dans des masters restaurés
au mieux accompagnés de bonus on ne peut plus pertinents, ce
coffret s’annonce d’ores et déjà comme un
incontournable pour tout amateur de cinéma nippon et on ne peut
que féliciter Wild Side de nous permettre de découvrir
ce réalisateur méconnu au travers d’un travail éditorial
aussi exemplaire. |
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