Les Treize tueurs : « Messire Narigutsu a toujours été d’un naturel violent. Il ignore les devoirs exigés par son rang et il commet des violences sexuelles. Son territoire connaît souvent des révoltes paysannes.» Ainsi est présenté Matsudaira Narigutsu, Seigneur du clan Akashi et demi-frère du Shogun. Le 5 septembre à l’aube au château d’Edo. Un homme s’est fait hara-kiri devant la porte de la résidence du ministre Doi en protestation contre la nomination par le Shogun, du Seigneur Narigutsu en tant que membre du conseil. Cet homme, c’est Mamiya, chambellan du clan Akashi. Devant la nécessité d’empêcher ce qu’ils considèrent comme une hérésie politique, les membres du gouvernement chargent le ministre Doi d’organiser l’assassinat du Seigneur Narigutsu. C’est l’inspecteur Shimada Shinzaemon qui est chargé de réunir l’équipe chargée de l’attentat. Douze hommes progressivement prendront sa suite, prêts à donner leur vie pour la réussite de l’entreprise.

Le grand attentat : « Sous le règne d’Ietsuna, 4ème Shogun Tokugawa, fut adoptée une fiscalité agraire qui pesa lourdement sur les paysans. Les révoltes se multiplièrent dans tout le pays. On recense alors quelques Treize00 condamnés. Nous sommes le 6 avril 1678, le secrétaire d’état Hotta Bichu Masatoshi, suspecté de complot politique est assigné devant le tribunal shogunal. On le soupçonne de préparer pour le 8 avril, le jour des cérémonies fêtant la naissance de Bouddha une révolte en ville et au château pour renverser le ministre Sakai Yutanokami. » Celui-ci a conclu un pacte avec le chancelier Kofu en échange des pleins pouvoirs. Le grand inspecteur Hojo enquête pour dénoncer le complot tandis que dans l’ombre, un petit groupe prépare l’attentat.

Les Onze guerriers du devoir : Ere Tempo, 1838, lors d’une partie de chasse sur son domaine, le Seigneur Nariatsu du fief Tatebayashi, fils du Shogun retiré, viole la frontière du fief Oshi et y abat froidement un paysan ainsi que le Seigneur du fief qui l’avait interpellé sur son acte. Tatewaki, chambellan du fief Oshi porte l’affaire devant les autorités shogunales, mais Nariatsu bénéficiant des protections du Shogun, c’est le clan Oshi qui est tenu pour responsable. Confrontés à une décision de démantèlement de son fief qui plongerait ses vassaux dans la misère, le chambellan décide de monter une expédition vengeresse contre Nariatsu avec l’aide de Hayato et de quelques hommes triés sur le volet.

Les Treize tueurs
(Juusan-nin no shikaku)
Réalisé par Eiichi Kudo
Avec Chiezo Kataoka, Kô Nishimura, Ryohei Uchida, Isao Natsuyagi
Scénario : Kaneo Ikegami
Photographie : Jubei Suzuki
Musique : Akira Ifukube
Japon - 1963

Le Grand attentat
(Dai satsujin)
Réalisé par Eiichi Kudo
Avec Chiezo Kataoka, Minoru Ohki, Shirô Osaka,
Ryutaro Otomo
Scénario : Kaneo Ikegami
Photographie : Osamu Furuya
Musique : Seiichi Suzuki
Japon - 1964

Les Onze guerriers du devoir
(Ju-ichinin no samurai)
Réalisé par Eiichi Kudo
Avec Isao Natsuyagi, Kotaro Satomi, Koji Nambara, Eiko Okawa, Junko Miyazono, Kei Sato
Scénario : Takeo Kunihiro, Norifumi Suzuki, Kei Tasaka
Photographie : Sadaji Yoshida
Musique : Akira Ifukube
Japon - 1966

Les Treize tueurs

Nettement moins connu en nos contrées que ses illustres contemporains que sont Kenji Misumi ou Hideo Gosha, Eiichi Kudo est l’auteur d’une vingtaine de films essentiellement tournés dans les années soixante pour la Toei au sein de laquelle il débute en 1956 avec sa première réalisation : Fue-Fuki Waka MushaLe guerrier joueur de flûte. Soutenu par Chiezo Kataoka (1), alors administrateur de la compagnie, il se voit allouer un budget assez confortable pour réaliser un Jidai-Geki qui renouvellerait un peu le genre alors doucement en perte de vitesse et assurerait de bonnes rentrés au studio. Ce Jidai-Geki sera Les Treize tueurs.

« Quel que soit le destin qui nous attend, soyons fiers d’être samouraïs… » (Shimada Shinzaemon)

Formellement, le premier nom qui vient à l’esprit en visionnant Les Treize tueurs est Masaki Kobayashi. Le plan d’entrée sur la porte de la résidence du ministre Doi est une copie quasi conforme d’un des premiers plans de Harakiri tourné un an auparavant. On retrouve le même rythme lancinant dans le déroulement du récit, la même propension aux mouvements de caméra lents et posés, la même voix off qui ouvre et commente le récit… La comparaison s’arrête cependant là, en effet, si esthétiquement, le film de Kudo peut par certains points rappeler celui de Kobayashi, thématiquement, Les Treize tueurs est l’antithèse totale de Harakiri. Là où Kobayashi proposait un drame réflexif poignant, un réquisitoire implacable, une charge féroce à l’encontre du système de valeurs médiévale, d’un code d’honneur vidé de sens, le film de Kudo met ouvertement en avant le sacrifice personnel pour une cause supérieure, le sens de l’honneur et l’idée d’une certaine noblesse dans l’esprit samouraï… Cette notion de sacrifice est régulièrement abordée dans les dialogues. Le Ministre Doi (Tetsuro Tamba) demande ouvertement à Shinzaemon : «Tu mourras pour moi ?». De même, ce dernier demandera à ses samouraïs en les recrutant : «Vous acceptez de me confier vos vies ?»

Le film s’appuie sur un scénario solide (2), mais assez linéaire (si on excepte un flash-back) qui privilégie la relation entre l’inspecteur Shinzaemon (à la tête des Treize tueurs) et Hanbei, le responsable de la sécurité du Seigneur Narigutsu. Les deux hommes se connaissent et s’estiment. Malheureusement, les coupes dans le scénario semblent avoir éludé une partie importante de leur relation avant les faits ; celle-ci étant clairement évoquée lors de la visite que fait Hanbei à son adversaire vers le milieu du film puisque Shinzaemon lui dit : «Tu es venu pour me tuer ? Tu as la rancune tenace malgré les années…»

Parmi les personnages ayant gardé une certaine épaisseur, celui du neveu est certainement le plus intéressant dramatiquement et narrativement en ce qu’il permet à Kudo et à son scénariste d’une part, de développer Shinzaemon et d’expliciter indirectement sa psychologie notamment dans la très belle scène où l’inspecteur se confie à son neveu qui pense bien le connaître (3), d’autre part d’évoquer un contexte politique où le statut de samouraï a perdu un peu de son sens dans un monde en relative paix. Ce n’est qu’après avoir parlé à son oncle que celui qui se présente comme ceci : « Je refuse de mourir. (…) Bien que Samouraï, je mène une vie marginale. Je suis entretenu par une Geisha et ignore les devoirs de mon rang. Et je ne pratique plus le sabre depuis longtemps. » se demandera (lors d’une scène très joliment découpée) si « une vie de marginal et de débauché » comme la sienne est honorable et reprendra son arme pour suivre la voie de son rang. C’est également à travers les yeux de ce personnage admirablement interprété par Kotaro Satomi (que l’on retrouvera dans les deux autres films de la trilogie) que Kudo fera passer la désolation devant le carnage final. Car s’il met en avant le don de soi, le sacrifice nécessaire, Kudo nuance son propos et termine son film sur la vue d’un village jonché de cadavres, sur deux samouraïs dont le regard perdu sur le désastre en dit long… Tout comme ce plan final sur un samouraï hilare dans une rizière inondée auquel le combat semble avoir ôté la raison…

Kudo fait preuve d’une belle maîtrise de la caméra et du langage cinématographique, utilisant tout l’éventail des effets disponible pour faire passer au travers de l’image les sentiments qu’il veut exprimer. Ainsi, la scène de prise de conscience du neveu fait-elle preuve d’un très beau découpage. Dans la séquence du viol lors du flash-back, Kudo plonge le décors dans l’obscurité pour se focaliser sur la souffrance de la victime filmée au plus près, l’agresseur étant à peine aperçu. Toute la dernière partie du film où le cortège de Narigutsu se retrouve prisonnier d’un village transformé en véritable souricière labyrinthique est un moment d’anthologie où Kudo essaye divers techniques qu’il poussera encore dans le long métrage suivant à savoir un montage nerveux lors des scènes d’action, un traitement des combats tout à fait novateur et l’utilisation de la caméra à l’épaule dans deux trop courts plans…



Le Grand Attentat

« La raison agit avec le bras des hommes » (Yamaga Soko)

Bien que déroulant une intrigue fort proche de Les Treize tueurs – un seigneur en passe de se voir accorder les pouvoirs devient la cible d’un groupe contestataire qui va organiser un attentat qui se terminera en boucherie – Le grand attentat témoigne d’une implication plus personelle du réalisateur dans la thématique et d’une évolution plus radicale dans ses partis pris narratifs et de mise en scène. Les Treize tueurs se montrait brillant, mais encore relativement sage et classique dans ses audaces formelles. Le grand attentat va plus loin dans l’utilisation de la caméra à l’épaule, dans le style documentaire. Les scènes les plus éprouvantes du film sont filmées sans recul. La caméra colle au plus près des personnages, est maculée de sang et de boue tout comme eux. Comme il l’avait déjà fait auparavant, Kudo ne filme pas des combats stylisés et propres, il filme un chaos de sabres et de kimonos où les cris des combattants dans la bousculade sont autant de cris de rage, de douleur ou d’effroi… La mort est lente, douloureuse, sale… Le sabre doit frapper plusieurs fois pour abattre l’adversaire. Lorsque le sang coule, c’est de manière réaliste sans aucun excès gore, pour coller au plus près d’une réalité qu’on sait éprouvante. Ce parti pris de mise en scène met en avant les conséquences d’un esprit samouraï qui au-delà de l’honneur et de l’obéissance au clan ne peut avoir que la mort comme issue ainsi que l’exprimera Shinzaemon dans Les Treize tueurs : « Tu sais, on dit qu’il n’y a pas de règle à suivre dans la vie. Chez le samouraï, si ! Vivre quand on veut mourir au combat. Mourir quand on veut survivre au combat. » Sans qu’il n’y ait de discours ouvertement pacifiste chez Kudo (il ne dénonce pas vraiment la violence et le meurtre, il se contente d’en montrer les conséquences), cette volonté de dépeindre froidement, crûment, sans le recul d’une mise en scène léchée la violence, la torture, la brutalité et la cruauté ne peut qu’impliquer plus le spectateur, le faire réfléchir sur le sens à donner à tout ça, le forcer à une certaine empathie. Cette façon de laisser glisser la caméra sur les corps meurtris, ces plans panoramiques sur un « champ de bataille » jonché de cadavres, cette « folie hébétée» d’après le combat que l’on retrouve notamment dans Les Treize tueurs et Les Onze guerriers du devoir au travers de personnages hagards ou hilares n’est pas sans rappeler la démarche de Kurosawa dans les derniers plans sur le champ de bataille de Kagemusha avec cette « ombre » ayant pour ainsi dire perdu la raison s’offrant en sacrifice… Ce qui devait être fait a été réalisé mais à quel prix ? Cela valait-il tant de sacrifices ? La vie humaine ne devrait-elle pas être placée au dessus de tout comme l’exprime encore une fois Shinzaemon : « Messire Doi, il n’est rien de plus précieux que la vie. Je sais bien qu’elle est irremplaçable. » N’y a t’il pas une certaine vanité dans un tel sacrifice ? « Pour ce plan, j’ai souffert dans mon cœur et dans ma chair. J’ai dû éliminer des alliés, faire face à des trahisons, J’ai dû aussi sacrifier mon corps, par crainte de voir le plan échouer. Quelle idiote j’ai été. Mais à chaque fois, je ne l’ai pas regretté. Je pensais que c’était bien ainsi. J’avais décidé dans mon cœur que c’était le destin que je m’étais choisi. Pourquoi me suis-je tant attachée à ce plan ? Je l’ignore moi-même. » (Miya) Kudo ne pose pas ouvertement ces questions, mais les regards de ses personnages, leur comportement après le combat, ses choix de mise en scène interrogent indirectement le spectateur.

Si, dans Les Treize tueurs, le sacrifice et l’honneur samouraï était presque dans toutes les bouches et découlait de l’obéissance à un ordre décidé par le gouvernement, dans Le grand attentat, le sacrifice, bien présent, a une autre signification. Les samouraïs présents le sont de leur propre initiative et dans le but de servir une cause révolutionnaire (il faut renverser un gouvernement qui opprime le peuple). Si la motivation des divers personnages est différente (Jinbo se rallie à la cause en partie pour venger son épouse, Hoshino parce qu’il ne supporte pas d’imposer sa condition à sa famille (4) ce qui le conduira d’ailleurs à un geste effroyable…), le sacrifice est plus « social », il doit à avoir un but qui sert la collectivité et non plus les intérêts d’un seul clan. « Vous savez maintenant de quelles cruautés est capable le pouvoir. (…) Venger votre femme, soit, vous sacrifier pour ça, soit, mais faites le en servant une cause utile à tous. La vie ne nous est donnée qu’une fois. Avant de la gâcher, pensez à quoi elle pourrait servir. » (Miya)

Eiichi Kudo qui descendait d’une famille de samouraï, n’était pas spécialement admiratif de cet esprit samouraï et pensait que c’était à ceux-ci d’agir pour renverser la société corrompue qu’ils avaient mise en place. Pour Kudo, il est important d’agir. Le grand attentat montre cette nécessité d’une prise de conscience, de cette nécessité de réaction face à une société ou un pouvoir néfaste. Tout comme le neveu dans Les Treize tueurs, le personnage d’Asari Matanoshin et dans une moindre mesure le personnage de Jinbo sont là pour souligner cela au travers de leur prise de responsabilités respectives (l’un au décès de son épouse, l’autre devant le corps de son ami). Voir à ce titre les paroles de Jinbo à Asari : « Une politique absurde entraîne les gens dans le malheur. Ils perdent leur travail, leur maison, leur famille, leurs femmes et leurs enfants. Et le monde s’en accommode. C’est le propre d’une tyrannie. Et qui souffre de cette tyrannie ? Les samouraïs comme moi attachés à leur travail. Et ceux de ton espèce : les oisifs. Si tel est le monde de samouraï, moi en tant que samouraï je sais ce qu’il me reste à faire. Tu ne mérites pas ce sabre. Moi, je m’en servirai. » ou sa confession : « C’est quand même étrange, il y a 7 jours, j’avais une vie paisible. Cela me paraît loin. (…)Ma vie aura été courte, mais je l’aurai vécue pleinement. Ma vie n’aura jamais été plus dense que pendant ces 7 jours. » La vie n’a de sens que dans l’action et non la résignation. Kudo semble vouloir responsabiliser le peuple, lui dire de bouger (il ne faut pas oublier qu’il a été syndicaliste). Il n’y a pas de place pour l’oisiveté et l’inaction. Quand on a les moyens (cfr. la scène de sabre du père d’Asari), il faut agir et non se résigner. Discours d’autant plus révolutionnaire que le film est tourné au moment des violentes émeutes contre le traité nippo-américain qui secouèrent le pays. Comme le souligne Dirty Kudo dans les bonus, ce parti pris politique n’est pas fortuit puisqu’il semble que Kudo ait mêlé des son réels des manifestaions contre l’ANPO dans la bande-son du Grand attentat.

Les onze guerriers du devoir

« Nous sommes déjà morts. Nous ne sommes plus de ce monde. Mais notre âme errera ici-bas tant que Nariatsu vivra. » (Hayato)

Kudo revient à une forme relativement plus classique dans Les onze guerriers du devoir pour nous offrir un film sensible, élégiaque et mélancolique admirablement porté par la superbe partition de Akira Ifukube (5). Se basant sur une trame évoquant Chushingura, la fameuse histoire des 47 ronins, une des pierres angulaires du Jidai-Geki, Kudo et ses scénaristes cisèlent une superbe histoire de vengeance aux accents profondément tragiques. Encore une fois, comme il l’avait fait auparavant surtout dans Le grand attentat, il privilégie la forme chorale, étoffant plusieurs personnages évoluant autour d’un personnage émergeant légèrement (Hayato magistralement interprété par Isao Natsuyagi) dont l’histoire personnelle occupe une bonne partie du métrage. Kudo profite de quelques scènes intimes entre Hayato pour magnifier de petits moments de tendresse comme on en voit rarement dans ce genre de production, filmant avec une sensibilité incroyable une main, un visage (Junko Miyazono rayonnante ou mélancolique) ou une caresse, léger effleurement de la main exprimant toute la douleur d’une séparation. Comme il l’avait fait dans Le grand attentat, il dépeint avec justesse le déchirement d’un drame familial et amoureux en une séquence poignante et sobre. Pourtant, son film n’est à aucun moment pesant ou inutilement mélodramatique. Parmi une distribution brillante, Ko Nishimura, de par son jeu décontracté, offre un contrepoint intéressant au jeu intense du reste du casting sans pour autant que cela trahisse le caractère torturé et grave d’un personnage de rônin au passé chargé. Il faut le voir terminer son repas, bien assis auprès du feu, en pleine préparation d’une embuscade… On pense au Mifune de Yojimbo ou Sanjuro

Comme dans Les Treize tueurs, le seigneur à abattre (interprété de manière hallucinante dans les deux films par Kantaro Suga) est présenté comme un psychopathe imbu de sa personne que l’orgueil perdra. Le final sous un déluge de pluie, dans un paysage noyé dans la brume vaut à lui seul la vision du film tant la poésie des éléments renforce l’impact des compositions d’un réalisateur au sens du cadre hors du commun. Jamais la boue n’aura autant traduit le désespoir des personnages…

Trois films pour trois épopées meurtrières, trois ambiances totalement différentes. Kudo se pose avec cette trilogie informelle en un auteur original capable avec les contraintes du studio de réaliser des œuvres personnelles,dramatiquement chargées mais jamais inutilement boursouflées ou appuyées…
Trois films et un réalisateur à découvrir de toute urgence.


(1) Kataoka qui interprète le rôle de l’inspecteur Shimada Shinzaemon dans le film, fut un acteur populaire dans les années 40. Il joua notamment aux côtés de Takashi Shimura, le rôle titre des Miyamoto Musashi d’Hiroshi Inagaki (réalisateur pour lequel l’acteur joua à de nombreuses reprises).
(2) Kudo passa près d’un mois à remanier les 450 pages du scénario de départ de Kaneo Ikegami pour le ramener à un volume plus acceptable de 250 pages.
(3) - Les chiens sont domestiqués facilement, mais pas les chats. Les chats ne veulent qu’un toit. (Le neveu)
- Tu préfères donc vivre en chat de Geisha qu’en chien de garde samouraï ? Rassure-toi, je n’engagerai pas un chat comme toi. (…) A ton âge, je me comportais comme toi. Je détestais ma condition de samouraï. Je me croyais fait pour la vie d’artiste. Mais j’ai compris que ça ne nourrissait pas son homme. Mourir en samouraï est plus facile que de vivre de son art. (Shinzaemon)
(4) « Il faut bien que je travaille. Je suis un samouraï pauvre, j’ai à peine de quoi nourrir les miens. Bien sûr, je risque de me faire arrêter. Mais de toute façon, je ne puis aller nulle part. Un samouraï aisé comme vous ne peut comprendre. Je n’ai aucun avenir. Je pourrais me faire une raison. Mais personne ne se préoccupe de ma condition misérable. Elle continuera des générations encore, c’est insupportable. Mais celui qui se révolte, je suis prêt à l’aider dans son action » (Hoshino)
(5) Déjà responsable des scores de plusieurs Zatoichi dont les premiers épisodes, du Bouddha de Kenji Misumi et des Treize tueurs pour Eiichi Kudo pour ne citer qu’eux parmi une production abondante.


Image :
Les Treize tueurs est présenté dans une copie propre ; il faut chercher pour trouver un défaut de pellicule ou une saleté. Le noir est blanc est de toute beauté bien que parfois un peu trop contrasté, ce qui a tendance à brûler certains blancs notamment sur les visages. Néanmoins, on peut dire que Wild side fait ici, le quasi sans faute avec une compression pour ainsi dire invisible et une définition la plupart du temps irréprochable, des lieues au dessus de certains DVD de relativement triste mémoire de l’éditeur. Globalement légèrement moins bien défini que Les treize tueurs, Le Grand Attentat souffre également d’un contraste moindre et de fréquentes mais très faibles variations de luminosité. La copie a été également restaurée au mieux et, si le résultat final reste très bon voire excellent, notamment grâce à une compression très bien gérée, il est difficile de ne pas être un peu déçu.
Les Onze guerriers du devoir s’en sort presque aussi bien que Les Treize tueurs avec un master très bien restauré. Encore une fois, le contraste a été peut-être un peu trop poussé d’autant qu’il est souligné dans les bonus que Kudo avait voulu des contrastes doux sur ce film, sans pour autant que cela soit vraiment dommageable. La définition est presque du niveau de Les Treize tueurs. Aucun problème de compression ou de luminosité. Dans l’ensemble, si Le grand attentat est légèrement en dessous des deux autres, ce coffret offre une très bonne qualité d’image et cela mérite d’être souligné.

Son : Mono japonais d’origine de très bonne qualité pour les trois films.

Wild Side Video
125/117/95 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapîtrage animé

Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : japonais mono
Sous titres : français

Disque 1 :

- Samouraï guérilla partie 1 (+/-26’ VO japonaise stfr) : Première partie d’un entretient avec Misao Arai ancien assistant réalisateur d’Eiichi Kudo aux studios de la Toei à Kyoto et Dirty Kudo, réalisateur et auteur d’un ouvrage d’entretiens avec Eiichi Kudo (1) . Sont abordés le contexte dans lequel était plongé l’industrie cinématographique de l’époque alors en nette perte de vitesse face à la télévision, la place de la Toei dans le paysage cinématographique de l’époque et celle de Kudo face aux autres réalisateurs contemporains. Dirty Kudo évoque ensuite la genèse des « Treize tueurs », sur la nécessité pour le genre de se renouveler en définissant ce qu’il appelle le Jidai-geki choral (non plus centré sur un personnage principal, les grandes vedettes ayant perdu de leur popularité, mais sur un groupe de personnages étoffés). Les deux hommes discourent ensuite de différentes thématiques avant que Misao Arai ne revienne sur les difficultés de tournage dont des grèves et divers impératifs syndicaux avec lesquels Kudo dû jongler pour mener à bien son film. Ils terminent sur le travail de Reijiro Adachi pour la chorégraphie particulière des combats.

- Une Galerie de photos : une affiche et huit photos de production.

- Deux bandes-annonces pour Les Treize guerriers très amusantes ponctuées de slogans tels que « Un film qui va bouleverser le cinéma japonais », « Une vraie bombe », « Le spectacle du siècle ! », « Le plus grand meurtre de tous les temps », « Une superproduction Toei qui restera inégalée »… A noter une très courte image de tournage dans la première bande annonce.

- Les filmographies de Eiichi Kudo, Chiezo Kataoka, Ko Nishimura et Kantaro Suga.

Disque 2 :

- Samouraï guérilla partie 2 (+/-26’ VO japonaise stfr) : Suite de l’entretient avec Dirty Kudo et Misao Arai. Les deux hommes discourent sur les grands maîtres dont Tomu Uchida et Tai Kato avant qu’Arai ne fasse une digression sur Sanjuro de Kurosawa et ne compare la vision du ronin présentée dans le film de Kurosawa avec la vision que Kudo avait des samouraï. Il reviennent ensuite sur une série de points techniques comme l’utilisation des chevaux (les parents de Kudo avaient une ferme et ce dernier a passé son enfance parmi les chevaux), la maîtrise du son, le sens du cadrage et l’approche réaliste du réalisateur qui n’hésitait pas à bouger un élément de décors pour placer sa caméra… Ils comparent ensuite le style de combat propre à Kudo avec le style kabuki classique, reviennent sur le travail du tateshi (chorégraphe) pour finir sur l’aspect politique du Grand attentat mis en perspective avec les manifestations contre l’ANPO et sur la reconnaissance critique de Kudo dans les années 80.

- Souvenirs d’Eiichi Kudo par Maasaki Ito (+/-Treize’ VO japonaise stfr) : Court et émouvant entretient avec celui qui fut l’assistant et le beau-frère du réalisateur. Ito évoque tout d’abord le travail à la Toei et les réalisations de Kudo pour la télévision : les séries télé « Sengoku Mushuku » et « Shokin Kasegi » avec Tomisaburo Wakayama ; le peu de succès de celles-ci et les problèmes avec Wakayama. Il raconte une anecdote à propos de la météo dans les séries pour enchaîner avec le combat de tout les instants que menait Kudo pour filmer comme il le voulait, pour avoir suffisamment de pellicule pour faire plusieurs prises si c’était nécessaire. L’entretient se termine sur les souvenirs personnels concernant sa sœur, le décès de celle-ci et les sentiments que Kudo manifestait pour son épouse. Un très beau petit document.

- Une Galerie de photos : une affiche et sept photos de production.

- Les filmographies de Eiichi Kudo, Kotaro Satomi et Ruitaro Otomo.

Disque 3 :

- Samouraï guérilla partie 3 (+/-26’ VO japonaise stfr) : Suite et fin. Les deux hommes reviennent dans cette dernière partie sur l’utilisation du brouillard dans Les Onze guerriers du devoir, l’emploi du téléobjectif ou de la caméra à l’épaule, celui de la contre-plongée empruntée à Tai Kato. Après quelques anecdotes concernant Kantaro Suga et une remise ne contexte de la décapitation finale des Onze guerriers du devoir, les hommes terminent sur les origines samouraï de Kudo et sur la vision que le réalisateur avait sur ceux-ci, clôturant une document en trois partie fortement instructif mais un peu parasité par l’usage intempestif du split screen.

- Eiichi Kudo, l’art du réalisme par Fabrice Arduini (+/-Treize’ VF) : Curieusement placé sur le dernier disque, ce petit module déjà disponible sur le net est une bonne introduction au réalisateur. Arduini rappelle la notion de « petit maître » par rapport aux Kyoshos (ou « maîtres » qu’étaient Uchida, Kurosawa, Mizoguchi…) avant de faire un petit résumé de la situation de l’industrie cinématographique et des studios en 1959, époque où débute Kudo. Il revient comme ça a été discuté dans Samouraï guérilla sur l’essoufflement du Jidai-Geki et sur la nécessité de renouvellement du genre avant de donner quelques exemples dans les films de Kudo. Il rappelle par exemple les codes en usage dans les processions et la transgression de ceux-ci par Kudo…

- Une Galerie de photos : une affiche et quatre photos de production.

- Les filmographies de Eiichi Kudo, Isao Nasuyagi, Kantaro Suga et Ruitaro Otomo

- Liens internet sur les trois disques

Présentant des films rares dans des masters restaurés au mieux accompagnés de bonus on ne peut plus pertinents, ce coffret s’annonce d’ores et déjà comme un incontournable pour tout amateur de cinéma nippon et on ne peut que féliciter Wild Side de nous permettre de découvrir ce réalisateur méconnu au travers d’un travail éditorial aussi exemplaire.

(1) « Eiichi Kudo : L’ombre et la lumière » par Dirty Kudo malheureusement non traduit.

Les autres films de Heiichi Kudo chroniqués par Classik
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