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Le
mariage de Maria Braun : 1943. Maria et Herman Braun se marient
trop vite sous les bombes vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Herman
est expédié sur le front russe puis porté disparu.
Maria l'attend et, parce qu'il faut faire quelque chose, devient entraîneuse
dans un bar réservé aux GI américains. Elle s'éprend
d'un soldat noir, Bill, qui l'entretient et lui apprend l'anglais. Herman
revient, mais Maria devra attendre encore dix ans avant de le retrouver
à nouveau. Dix ans où, auprès d'Oswald, un industriel
franco-allemand amoureux d'elle, elle s'enrichira et gravira les échelons
pour préparer son avenir avec son Herman. Au risque de passer à
côté de sa vie. Lola, une femme allemande : 1957. L'honnête fonctionnaire des travaux publics Von Bohm s'installe dans une petite ville bavaroise. Il tombe amoureux de Marie-Louise, sans savoir qu'elle est plus connue sous le nom de Lola, la plus célèbre prostituée de la ville. Von Bohm va bientôt découvrir
la cabale de notables s'enrichissant grâce à la reconstruction
de la ville, menée par Schuckert, le sympathique souteneur de Lola.
Le Secret de Veronika Voss : 1955. Robert Krohn, journaliste sportif, rencontre et s'éprend de Veronika Voss, grande star déchue du cinéma d'avant-guerre. Robert découvre que Veronika, morphinomane, vit sous la coupe du Docteur Katz, prédatrice qui se débarrasse de ses patients après avoir extorqué leurs biens. Robert et sa compagne réunissent les preuves pour faire tomber Katz. |
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Travaux
Avec sa trilogie BRD/RFA - pentalogie ou décalogie en puissance, RWF voulant couvrir initialement l'histoire allemande jusqu'aux années 80 - Fassbinder se livre à une généalogie cinématographique de son pays [les années 50], avec les moyens d'un "cinéma hollywoodien allemand". Directs, plus argentés [quoique le budget de Maria Braun fut beaucoup plus strict [1]], ces films ont un air de compromis de la part d'un cinéaste se refusant à écrire sur du vent. A côté de la bombe de La Troisième Génération, Fassbinder brode des destinées sentimentales. Des mélos cinéphiles, pur Sirk, donc des mélos de contrebande, pour faire pleurer Margot et lui ouvrir un peu les yeux une fois les larmes séchées. En revenant à la naissance de la RFA, Fassbinder ne cède pas tout à fait au mensonge de la fiction : il pointe les continuités avec son temps. Les corps qui se vendent, les échanges de fluides et monétaires, l'amnésie et l'hypocrisie. Non, rien n'a vraiment changé et ça fout la trouille.
Le Mariage de Maria Braun Le bonheur et le verre, comme ça se brise facilement. – Proverbe allemand Maria Braun [BRD 1] est un précis de l'univers ‘fassbinderien’ : glamour, distance et intime imprégné du politique, du collectif. La reconstitution historique n'est pas ici un plaisir rétro flatteur, où l'on vient se mirer et s'évader [encore qu'il y ait plus flatteur que l'Allemagne année zéro que nous montre Fassbinder]. Ce n'est pas un film somme mais - avec Tous les autres s'appellent Ali - une belle entrée en matière dans son univers. Il s'agit du premier succès réel - et tardif - de RWF, initialement monté par les producteurs avec Romy Schneider dans le rôle-titre. Mais la collaboration avorte après que Fassbinder ait déclaré publiquement qu'elle n'était qu'une "pauvre conne". Jusqu'à quel point RWF sabota la chose pour imposer une actrice un peu oubliée et avec qui il n'avait pas travaillé depuis quatre ans - Hanna Schygulla -, on n'en saura rien. Fassbinder donne l'idée [un peu de Mildred Pierce, un peu de Mirage de la vie pour l'arrivisme de Lana Turner] ; il co-écrit le scénario avec le dramaturge Peter Märtesheimer et Pea Fröhlich.
La mise en scène est fluide et précise : chambranles
de porte et cadres toujours, Ballhaus et Fassbinder réglant la
renaissance progressive des couleurs dans un monde terne lors du plan-séquence
à la gare, attention portée au son [une conversation dans
la famille de Maria et le discours - qu'ils n'écoutent pas -
à la radio du chancelier Adenauer sur la promesse de désarmer
l'Allemagne se parasitent l'un l'autre ; le cliquetis de la machine
à écrire de Maria se confond avec le bruit de la porte
de cellule qu'elle ouvre dans le plan suivant], gros plan sur des objets
de consommation courante soudain réifiés [un paquet de
cigarettes On pouvait se dire que pour une fois, Fassbinder mettait en scène une émancipation [comme dans son feuilleton télévisé inachevé Huit heures ne font pas un jour]. La "petite possibilité" devenait enfin ample. Mais elle n'a qu'un temps, puisque Maria se découvrira victime d'un complot, tout comme Fox dans Le Droit du plus fort. Le complot est sentimental, possessif et contractuel, ourdi par les hommes pour de plus ou moins bonnes raisons. Fassbinder marque explicitement cette défaite en datant la chute de Maria : lors de la victoire de la RFA à la Coupe du Monde de football. Soit la victoire masculine, et celle, pour une fois acceptable, de l'Allemagne aux yeux du monde. SPOILER Maria meurt, et la radio crie "L'Allemagne est championne du monde"! L'après-guerre est fini et ironie, c'est une même flamme qui anime et tue Maria. Mais si on refait le match, la défaite de Maria est d'autant plus ambiguë qu'on ignore si elle meurt dans un accident, ou par suicide [initialement, Maria s'écrasait délibérément au fond d'un ravin en voiture avec Herman, mais Hanna Schygulla imposa l'incertitude du dénouement à Fassbinder]. Mon cœur fait boum ! L'explosion finale donne sa symétrie au film, qui se conclut par un défilé des portraits en négatif des divers chanceliers de la RFA - Adenauer, Erhard, Kiesinger puis Helmut Schmidt, qui passe au positif. Visages du miracle allemand conformiste. Les hommes à nouveau rois prennent les blancs. La leçon de Fassbinder est d'autant plus glaçante qu'elle continue de s'appliquer à n'importe quelle société contemporaine. Parité, salaires, famille, images. Cherchez encore la femme. [A propos de sa fascination pour Von Sternberg] Ce qu'il fait avec la lumière [est] la possibilité de ne pas raconter des histoires directement… mais par des moyens détournés. C'est ce caractère extrêmement artificiel qui pourtant donne en retour l'impression de quelque chose de très vivant. – R.W. Fassbinder Portrait de femme encore, et sous la toile de cette variation sur L'Ange Bleu, les mêmes intentions que Maria Braun. L'Allemagne se marchandait avec Maria, elle se prostitue ici. Pas très subtil peut-être, mais manière d'officialiser la chose puisque l'histoire de ce film sous-titré BRD 3 - mais réalisé avant Veronika Voss - se situe chronologiquement à la fin [1957]. Dans la petite ville de Lola, on inaugure un monument en l'honneur d'un général de la Wehrmacht. On précise bien haut qu'il ne faut pas confondre les soldats héroïques tombés avec "les rares authentiques nazis".
Lola s'avance, s'effeuille comme une comédie cynique, désenchantée. Maria Braun voulait sa part de pouvoir ; Lola - cadeau de fin du film - est soumise tout en cherchant à se racheter une virginité. L'attachement relatif que l'on peut avoir pour son personnage [mais ce n'est pas la faute de Barbara Sukowa, très bien, mais moins bien que Schygulla] tient à ce que RWF déplace l'enjeu : Von Böhm est peut-être le seul héros du film, sa trajectoire étant plus intéressante. Von Böhm est le "pur" du film, d'abord parce qu'il est étranger aux règles du jeu de la petite ville : c'est un honnête fonctionnaire, gentleman, sentimental. Il aime vraiment Lola. Mais l'amour se teintant de possession chez RWF, la petite croisade qu'il entame pour abattre les notables du cru est tout aussi louable que biaisée par la jalousie. SPOILER Rien n'est jamais simple chez RWF : le gros Schuckert est un salaud sympa ; j'en suis déjà à changer d'avis sur Lola, qui après tout, est gagnante du film. Un peu plus que Maria Braun. Elle a gagné sa place parmi les heureux [et heureuses] du monde, elle a trouvé un homme pouvant la désirer au-delà de sa façade de putain pas sainte. Et puis en repensant à la fin, pas trop. Von Böhm, lui, gagne un peu mais perd beaucoup. Lorsque la fillette de Lola lui demande s'il est heureux, lui ne sait pas quoi répondre. Jeu à sommes nulles, sauf pour Schuckert, totalement bonhomme dans son absence de scrupules. Tout finit bien dans Lola parce que tout a été remis à sa place.
Le Secret de Veronika Voss Film le plus noir de la trilogie [BRD 2] et clé de voûte
- le nazisme était une persistance rétinienne chez Maria
Braun, planqué sous le béton d'un lotissement dans Lola
; il est pesant chez Veronika -, ce panneau est encore un mélo
où la lumière nous refait le monde. Maria reconstruisait,
Lola s'amendait, Veronika est rongée par le souvenir. Souvenir
de sa gloire passée de star sous le Troisième Reich, dont
elle se fiche de la barbarie, comme Maria et Lola : rien n'était
plus important que les lumières, l'admiration et un mari aimant
[mais lucide]. Echouée en 1955, elle est aussi anachronique,
déplacée qu'Elvira dans L'Année des treize
lunes. Les deux dernières lettres de VoSS sont d'ailleurs
un rappel constant : S.S. comme les initiales de Sybille Schmidt, actrice
star de la UFA [et du Symétriquement, RWF lui oppose un couple de survivants de Treblinka
tout aussi bouffés par la mémoire et la morphine. Fassbinder
plaide donc encore pour les victimes lorsqu'elles sont Misfits : le
secret de Veronika Voss n'est pas son fix quotidien mais le fait qu'elle
[et le couple de juifs] soit broyée par un complot de crapules
cherchant à les effacer de l'histoire. La drogue est ici le symbole
de l'amnésie, d'un pays de Lotophages [avec Fassbinder en Ulysse].
Le Docteur Katz, qui l'administre, incarne toutes les forces négatives
de l'Allemagne : le contrat avec le diable, Mabuse, l'anesthésie
idéologique inoculée par le régime nazi, le fric
facile de la reconstruction de la RFA. La mémoire est partout
: le film est une généalogie du cinéma allemand,
Fassbinder citant l'expressionnisme, la UFA [le grand studio de cinéma
allemand, actif sous le nazisme : 1917-1962], les éclairages
nazis [les murs de lumière] mais aussi les germaniques en exil
par le truchement de Sunset
Boulevard [auquel Veronika Voss fait souvent penser] et
du Film Noir. Les citations, les gimmicks datés made in UFA [fondus
enchaînés et volets entre les scènes, dont Jean
Douchet estime qu'ils insufflent un semblant de vie à une histoire
mortifère] ne desservent jamais le film : ces artefacts sont
aussi datés qu'une Veronika incapable de s'adapter à son
époque. Le noir et blanc est l'autre héroïne du film : un noir
et blanc magnifique - ni celui de ses contemporains Manhattan
ou Raging
Bull - que Fassbinder et Schwarzenberger sont allés
chercher du côté de Gianni Di Venanzo, directeur de la
photo entre autres sur 8 ½. Un noir et blanc
qui pousse encore plus loin la déréalisation multicolore
de Lola. RWF inverse très vite les rôles
traditionnels échus dans cette bichromie. Si le noir du cadre
qui emprisonne Veronika dans le film qu'elle regarde au début
est la mer de ténèbres qui noie sa vie, la couleur se
fait vite rassurante lorsqu'on la compare au blanc laiteux qui inonde
le ventre de la bête, le cabinet du Docteur Katz. Le noir se fait
ancrage à la REALITE, face à ce blanc plus blanc que blanc,
éthéré mais trompeur chez Katz, brûlé
mais fantomatique sur le visage de Veronika. Ailleurs, Fassbinder floute
les objets au premier plan du cadre devant les personnages, qui semblent
dès lors flotter. La stylisation ici est encore éthique
: Fassbinder compose un monde de cauchemar, de duplicité, d'incertitude.
Les perspectives sont déformées, la lumière Le triptyque de Fassbinder entrelace ainsi superbement sentiments, petites histoires et Grande Histoire : les rêves de couple, gloire, rédemption de Maria, Lola et Veronika sont bientôt enfouis par la compagnie des hommes. Personnellement, ma tristesse est aussi ailleurs devant ces films : avec Lola, RWF s'éloigne progressivement de sa première famille cinématographique [les Carstensen, Raab, Spengler, Mira, l'adieu à Schygulla avec Lili Marleen…]. Nos vieux amis sur une dizaine d'années. Grisé par les possibilités entraînées par son succès [dont un projet sur Rosa Luxembourg au moment de sa mort], Fassbinder naviguait - légitimement - vers d'autres ports. [1] Comparativement, Maria Braun n'aurait coûté que 600 000 de nos actuels dollars. La mise remportée par le film - le plus gros succès allemand à l'international à l'époque - permit de plus gros budgets pour Fassbinder, notamment pour Lili Marleen. [2] C'est tellement lisible que notre ami Menahem Golan n'a vu que
cela. Il fera d'Hanna Schygulla la dépositaire de la culpabilité
allemande vis-à-vis de la Shoah dans son Delta Force.
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![]() Image : des copies superbes [en 1 : 66] avec très peu de défauts. Si ce n'est pas frappant pour un film volontairement terne et un peu granuleux comme Maria Braun, les arcs-en-ciel technicolor de Lola et la dépression noire et blanche de Veronika Voss achèvent de convaincre. Son : mono allemand d'origine
clair et propre où musiques et dialogues se détachent
tout à fait. On se répète encore mais cette clarté
permet d'être attentif aux petits détails sonores dispersés
par Fassbinder, notamment la manière dont, dans Veronika
Voss, la radio renforce la présence américaine.
Sous-titrages français et néerlandais. |
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La
trilogie allemande : un documentaire de 30 minutes où
Allerton prouve encore qu'ils savent trouver les bons intervenants. Ceux-ci
ont toujours quelque chose à dire et sont complémentaires:
N. Brenez [maître de conférences à Paris I et programmatrice
à la Cinémathèque] replace les 3 films dans leur
contexte historique, comme allégories où Maria Braun et
Veronika Voss se partagent pulsions de vie et de mort. Elle explicite
les allusions, les continuités que Fassbinder établit entre
années 50 et nazisme, pointant notamment que tous les petits fonctionnaires
aperçus dans Lola sont les mêmes que sous le Troisième
Reich, l'appareil administratif ayant été préservé.
Dans une deuxième partie, M. Silhouette [maître de conférence
en allemand à Paris 10] se concentre sur l'allemand dans le texte,
la symbolique des noms des héroïnes et les références
littéraires jetées par Fassbinder [le début de Lola
cite le poème de Rilke "Une journée d'automne",
évoquant immédiatement le sketch rageur de Fassbinder pour
le film collectif L'Allemagne
en automne]. Enfin, Cédric Anger [scénariste
de Selon Matthieu et de Deux de Werner
Schroeter, vieil ami de RWF] aborde la forme cinématographique,
les hommages à Sirk et Von Sternberg, et la parenté possible
des personnages de Fassbinder avec ceux de Wilder, qui essaient de faire
le moins de compromis possibles avec le Système. Strictement rien
à jeter dans ce documentaire, pédagogique et passionnant.
La Maison Fassbinder (25 mn) : le journaliste allemand Patrick Straumann part de la métaphore de Fassbinder sur son œuvre comme étant une maison pour l'appliquer à Maria Braun. Idée a priori un peu artificielle, un brin desservie par le ton monocorde de Straumann mais ce dernier se livre à une analyse universitaire souvent éclairante sur la composition ironique du cadre chez RWF et plus largement sur la manière dont il empile dimensions historique et intime. Un peu austère dans le ton, mais avec toujours l'image à l'appui. Très instructif. Hanna, une femme allemande (15 mn) : si les interviews
des autres actrices sont issues des récentes éditions
Criterion [2003], Allerton glisse ici un supplément réalisé
pour l'occasion, profitant du fait que madame Schygulla parle très
bien français. L'actrice revient sur sa collaboration avec RWF
sur ce film et la manière dont le final retenu résulte
d'un compromis entre Fassbinder et elle, qui trouvait que suicider explicitement
Maria Braun donnait un côté pathétique Entretien avec Barbara Sukowa (20 mn) : une interview vidéo de l'actrice de Lola en anglais sous-titré, où elle évoque sa rencontre avec Fassbinder [elle issue du théâtre classique, lui dans un registre avant-gardiste], un tournage sans difficultés [rapidité, préparation minutieuse de RWF en amont, une seule prise] et sa perception du personnage : une femme d'affaires calculatrice mais brisée. Lola, les feux d'artifice (20 mn) : la chef opératrice Caroline Champetier [Garrel, Fontaine, Doillon, Jacquot] parle de la lumière dans Lola et en pro, trouve tout à fait les bons termes pour évoquer son importance, la manière dont elle noie et déréalise le film. On la suit un peu moins quand elle applique l'artificialité du film à une anticipation par Fassbinder de l'état légèrement chaotique de l'Allemagne réunifiée. Entretien avec Julianne Lorenz et Rosel Zech (30 mn) : La présidente de la Fondation Fassbinder, dernière monteuse de RWF, interviewe la star de Veronika Voss à New York. Les deux femmes brassent souvenirs de tournage, l'Ours d'or à Berlin qu'à reçu le film. Le portrait d'un Fassbinder anti-psychologique quand à ses personnages, pointilleux et rapide, est peut-être un peu redondant par rapport aux autres interviews. On est parfois aux limites d'une conversation entre copines, mais toujours remise sur les rails. La montée du mensonge (24 mn) : Jean Douchet analyse les thèmes de Veronika Voss - cinéma, souvenir -, la mise en scène et l'utilisation du noir et blanc. Petite leçon de cinéma avec la précision habituelle du critique. Bandes-annonces des films. |
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