![]() |
|||||||||||||||||||||||||
![]() |
![]() |
||||||||||||||||||||||||
![]() |
|||||||||||||||||||||||||
![]() |
|||||
Les Dieux de
la Peste : Libéré de prison, Franz retrouve sa
très possessive petite amie. Il projette bientôt l'attaque
d'un supermarché.
Le Marchand des Quatre Saisons : Dans les années 50, Hans, fraîchement revenu de la Légion Etrangère, monte un commerce de fruits et légumes. Rejeté par sa famille, incompris, Hans est d'humeur de plus en plus sombre.
Martha : Frigide, trentenaire et célibataire, Martha voit mourir sous ses yeux son père, pour qui elle avait une affection maladive. Helmut, un séduisant ingénieur, la conquiert bientôt pour son plus grand malheur. L'Année des Treize Lunes : Francfort, 1978.
Cinq jours dans la vie d'Elvira, transsexuel qui est amené à
faire un bilan sur sa vie et à retrouver ceux et celles qu'il
a aimés. |
|
||||
|
Le titre est sublime, le film un peu moins. Faux film noir et suite
de L'Amour est plus froid que la Mort (Franz Walsh
est de retour), c'est encore un dessèchement d'un genre. On répétera
les mêmes termes que pour ses autres essais sur le genre : épuisement
des plans fixes, bricolage godardien, polar de cuisine, amitié
masculine contrariée. Il faut aimer l'exercice de style. Fassbinder
garde du Film Noir le romantisme, le glamour et ses racines populaires
pour les congeler. La beauté est à froid (Hanna Schygulla
bien sûr), l'observation de la société se fait par
le petit trou des toilettes, les revues porno et les quartiers d'immigrés. "Mais ils ne sont pas heureux. Ce qui leur manque, c'est l'amour." Irm Hermann (sosie allemand de Margaret Thatcher) rajustant son porte-jarretelles
à l'ombre d'une cour, ça résume presque tout le
film : un érotisme et donc un espoir mort-nés. Etouffé.
Si l'on se fie à la chronologie, ce film est le premier réalisé
par Fassbinder après qu'il ait reçu sa visitation sirkienne
– on lira avec profit l'article faussement candide qu'il a écrit
après cette vision. Elle porte ses fruits : cela se voit et ne
se voit pas. Le film est plus coloré que l'ordinaire fassbindérien,
mais en plus pastel que flamboyant technicolor. Premier succès
commercial RWF, ce Marchand évoque surtout une
version provinciale, prolo de Ecrit
sur du vent (1) de Sirk, située comme pour ce dernier
dans les années 50. En cela, il se veut plus direct sans pour
autant se renier, raconté avec des moyens simples tout en étant
lourd de sens. Ainsi, par contrainte (budgétaire), la reconstitution
de l'Allemagne après-guerre dans le film n'est pas entièrement
fidèle : on est dans un monde de cuisines et de coiffures de
l'ère Adenauer, de téléphones des années
70 et où certains personnages ont des noms de nazis célèbres
(2). L'Allemagne d'hier et d'alors. Avec ce Marchand,
Fassbinder esquissait lentement son projet de généalogie
d'un pays. Le drame est celui d'un homme et d'une époque que
l'auteur juge particulièrement mesquine et petite-bourgeoise.
"La plupart des hommes ne sont tout simplement pas capables
d'opprimer les femmes aussi parfaitement qu'elles le souhaiteraient." Tournés sur la même période – le téléfilm
Martha fut produit pendant une pause (un an) sur le
tournage d'Effi Briest -, ce sont deux variations sur
un même thème (complété par le téléfilm
Peur de la Peur) : le mariage comme prison. Variations
: Fassbinder fait sa madame Bovary avec Effi Briest,
travaille la mémoire hollywoodienne sur Martha.
Mais elles sont parentes, l'une anesthésiée par les usages,
l'autre rendue hystérique à l'usage. "[…] Et Elvira lui oppose cette idée qu'elle
a trouvé dans le roman Welt am Draht et qui, pour le moment,
lui parait fort raisonnable et pertinente : le monde dans lequel précisément
elle se trouve, n'est que la maquette d'un monde supérieur où
on teste des réactions au moyen d'êtres vivants apparemment
véritables." Le film fait partie d'un triplé de chefs-d'œuvre tous réalisés
par RWF en 1978. Maria Braun : amère victoire.
La Troisième Génération : fusion
froide. Fassbinder leur joint cette autofiction plus polaire que polie.
On y touche le fond du trou noir : L’année des
treize lunes est incroyablement violent (on dit d’Elvira
qu’elle est une "chose vide et sans âme")
mais aussi fascinant par ses choix de mise en scène. Son catalyseur
est le suicide de Armin Meier, l'ancien amant de RWF (et acteur dans
ses films, notamment le fils de Maman Küsters dans le film éponyme).
L'année des Treize lunes n'est pas seulement
un film sur Meier – ancien boucher, comme le personnage d'Elvira.
C'est aussi un moyen pour Fassbinder d'organiser, dépasser son
chagrin. RWF le fait dans cette perspective sadomaso annoncée
par son ami/acteur/décorateur Kurt Raab : "d'abord tu
bousilles les gens et ensuite tu leur élèves un monument"
(Kurt Raab / Karsten Peters, Die Sehnsucht des Rainer Werner Fassbinder,
1982). Les raisons de cette solitude peuvent être sociales, incarnés
par le promoteur Anton Seitz , résumées dans le monologue
d'un de ses gardes du corps en guise de cours d'économie sur
l'immobilier proxénète. Les raisons de cette solitude
peuvent être cosmiques. La distinction est impossible dans le
film. Les putes, les marginaux, les rapports humains devenus marchands
ou les immeubles uniformisés deviennent des symboles. Vient un
moment où les gens qui délaissent ou blessent Elvira ne
le font pas par méchanceté mais par indifférence.
Les individus deviennent des continents dans ce film de dérive.
L'utopie d'Elvira est la plus bouleversante des envies d'ailleurs des
personnages de Fassbinder. Car ce changement de sexe, elle l'a fait
par amour sans même "être certain d'être
pédé", de le vouloir vraiment. Ce ne sera pas
la première ni la dernière contradiction d'un film où
Fassbinder fait d'étranges collages, juxtapose l'irréconciliable.
Pour montrer que tout le monde a ses raisons et que cela n'a aucun sens.
Anton Seitz résume ces contradictions : détruit par le
nazisme, il détruit les autres, gère les bordels comme
des camps de concentration. Craint et espéré comme le
grand Méchant du film, il se révèle totalement
infantile, préférant rejouer une scène d'une comédie
de Jerry Lewis. |
|||||
Son : Pistes d'origine
mono allemandes uniquement avec sous-titres néerlandais et français
amovibles avec la télécommande, aux restitutions musicales
et dialogues clairs. Ce qu'il faut donc pour apprécier par exemple
les juxtapositions sonores de L'Année des Treize Lunes. |
|||||
|
|||||
|
Pourquoi Monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière? (1970 - 88 mn) : Un bonus au Marchand des Quatre Saisons, dont il est le prototype. On suit le train-train quotidien d'un dessinateur industriel dont la vie rangée se lézarde. Jusqu'à la violence. Coréalisé avec Michael Fengler, le film sera renié par Fassbinder. Le démiurge n'aimera plus le caractère totalement improvisé des scènes, leur côté brouillon et antithéâtral. Même RWF a l'air d'avoir été épuisé par l'étirement des plans fixes, qui donnent ici un côté documentaire en temps réel et sous influence du Dogme. Monsieur R., c'est tout le réel dans sa brutalité (voir un dessinateur industriel au boulot n'a rien de cinématographique ici) et c'est étrangement trop pour un Fassbinder réclamant un minimum d'artifice. Du cinéma. Mais on peut ne pas voir la différence : Monsieur R. est aussi chiant, violent et hypnotique que Le Bouc et contient nombre de motifs fassbindériens comme la pression sociale, la nostalgie ou l'utopie. Et il s'agit d'un des meilleurs rôles de Kurt Raab, tour à tour pathétique et glaçant.
Documentaires Fassbinder Frauen (26 mn) : Il s'agit d'un montage non commenté d'extraits de films de Fassbinder et mettant en valeur… les femmes. Utilisé lors de l'exposition pour la rétrospective Fassbinder au Centre Pompidou (2005), cet "essai" en apparence anecdotique a d'abord le mérite de faire résonner les échos, les correspondances entre ses œuvres. L'architecture de la "maison" Fassbinder que constitueraient ses films s'esquisse ici. Entretiens avec Werner Schroeter (21 mn) et Julianne Lorenz (19 mn) : Ces deux interviews de deux témoins de la vie de RWF évoquent le contexte de L'Année des Treize Lunes. Julianne Lorenz (monteuse, ex-femme de RWF, présidente de la Fondation Fassbinder) évoque sa genèse et rappelle les moments de respiration nécessaire d'un film claustrophobe comme la référence à Jerry Lewis et à son film Chérie, je me sens rajeunir. Plus décousue, l'intervention – aux allures d'ego-trip avec Welles et Dreyer en pères artistiques – du cinéaste Werner Schroeter juxtapose nombre d'anecdotes. Le collage n'est pas toujours heureux (Romy Schneider = Elvira?) mais l'évocation de Fassbinder en double spirituel, amant platonique, est sincère. Michael Ballhaus - A propos de Martha (20 mn) : Attention, supplément non recensé sur le boîtier de Martha. Le futur directeur photo de Scorsese revient dans cet entretien (d'origine allemande) sur sa rencontre avec RWF et sur leur fructueuse collaboration sur Martha. Ballhaus confie que la productivité démentielle de RWF lui apprendra à travailler vite et bien, ce qui sera sa carte de visite pour les Etats-Unis. Les anecdotes sur l'émulation entre eux, ce mélange d'impro et d'idées précises sur le sens d'une scène (comme la fameuse rencontre entre Martha et Helmut), sont narrées avec aisance, précision et passion.
La famille Fassbinder (30 mn) : Diaporama interactif, déjà utilisé pour la rétro Fassbinder. Les principaux acteurs de la grande famille Fassbinder sont répertoriés sous leurs rôles divers à travers les films. Amusant et instructif. Bandes-annonces des films présents dans le coffret. |
|||||
|
|||||
|
|||||