Général Idi Amin Dada, Autoportrait :
1974. Dirigeant de l’Ouganda, le général putschiste Amin Dada est suivi par une équipe de cinéma ; au fil de l’interview, il montre son pays, discute politique étrangère, révèle les idées les plus folles…

Koko, le Gorille qui Parle : Née en captivité au zoo de San Francisco, Koko a appris la langue des signes et communique avec une chercheuse qui l’éduque à la façon d’un enfant humain. Une curieuse relation naît alors.

Général Idi Amin Dada, Autoportrait
Réalisé par Barbet Schroeder
Avec Idi Amin Dada, Fidel Castro, Golda Meir
Scénario : Barbet Schroeder
Photographie : Nestor Almendros
Montage : Denise de Casabianca
France - 86 mn - 1974

Koko, le Gorille qui Parle
Réalisé par Barbet Schroeder
Avec Koko, Penny Patterson, Saul Kitchener
Photographie : Nestor Almendros
Montage : Denise de Casabianca, Dominique Auvray
France - 85 mn - 1978

Général Idi Amin Dada, Autoportrait est un film piège, et même son titre est un semi mensonge. Conçu à l’origine comme un épisode d’une série de documentaires sur les chefs d’Etat à destination de la télévision, il était dès le départ destiné à devenir bien plus : Schroeder caressait en effet l’ambition de réaliser un long-métrage exploitable en salles, pour peu que le matériel recueilli soit suffisant – si tel n’avait pas été cas, il serait resté sous son format de 52, par ailleurs la version présentée à Amin Dada. Mais le cinéaste fut comblé au-delà de ses espérances. Son principe de travail est ‘simple’ : laisser le dictateur maître à bord du tournage. C’est en effet Amin Dada qui décide seul des endroits à visiter – Barbet Schroeder a seulement dû insister pour filmer le conseil des ministres -, des lieux à montrer, et surtout c’est lui qui donne les indications au caméraman ; il devient donc metteur en scène de son propre film, et par conséquent auteur involontaire de sa propre critique. Barbet Schroeder le laisse petit à petit s’enfoncer dans l’horreur de ses propos. La dénonciation est subtile : Amin Dada donne de lui l’image d’un homme jovial, et affable ; et c’est justement ce rire radieux qui lui sert de réponse quand on lui demande s’il a vraiment dit que « l’erreur d’Hitler est de ne pas avoir tué assez de Juifs » qui terrifie. C’est aussi en observant les gestes et attitudes de son entourage que l’on comprend la terreur qu’il fait régner – voir la séquence où il critique l’action de l’un de ses ministres ; on apprendra plus tard que le corps de celui-ci a été retrouvé dans un fleuve. Idi Amin Dada utilisait souvent les crocodiles pour régler les affaires courantes… On suit donc le portrait de ce dictateur ubuesque et sanguinaire, autoproclamé ‘Dernier Roi d’Ecosse’, partagé entre la consternation et l’effroi. Barbet Schroeder a néanmoins parfois recours au montage afin de recadrer son propos : il n’omet pas par exemple d’ouvrir son film sur une exécution capitale, image insoutenable qui obsédera le spectateur qui risquerait de ne voir en Amin Dada qu’un bouffon futile. Bouffon tragique plus exactement, et la conclusion nous rappelle qu’il est peut-être plus proche de nous qu’on ne voudrait le croire.

Quatre ans plus tard, retour au documentaire pour Barbet Schroeder avec un sujet radicalement différent, quoiqu’il s’agisse là encore de comportement humain : sa caméra suit en effet l’expérience de la chercheuse Penny Patterson, qui travaille sur une femelle gorille prêtée par le zoo de San Francisco à laquelle elle enseigne le langage des signes. Il s’agissait à l’origine du travail de recherche pour un film de fiction produit par Saul Zaentz, qui ne se fera jamais en partie pour des raisons financières. Etrange expérience dans la mesure où l’on comprend petit à petit que l’étude de l’apprentissage de la langue et du comportement n’est qu’un aspect de la scientifique de Stanford. Son but, même s’il est sans doute inconscient, est d’humaniser Koko, dont on nous dit à plusieurs reprises qu’elle a le niveau d’un enfant humain attardé d’une dizaine d’années. Dès lors, que voit-on à l’écran ? La rencontre et le dialogue entre deux espèces. En définitive, non. Koko est née en captivité, et n’a que peu connu sa famille et l’environnement des gorilles. Elle n’a donc pas leur comportement, elle ne connaît pas leur règles, et un retour à la nature semble impossible : comme le souligne Frédéric Joulian, on nous présente en réalité un hybride, une chimère, le résultat improbable d’un animal, manifestement d’une grande intelligence, élevé par des humains. Il n’est pas trop fort de dire que Penny Patterson se conduit comme sa mère adoptive. Et le comportement de Koko n’a parfois plus rien d’animal : comment ne pas se poser de questions lorsqu’on la voit apprendre à se maquiller ? De plus, Schroeder montre qu’elle a conscience de la caméra qu’elle allume parfois elle-même, et que son comportement est modifié par sa présence. Dès lors, les arguments du directeur du zoo de San Francisco sont compréhensibles : outre que Koko, prêtée à l’Université, est leur propriété légale, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un animal, qui doit avoir le droit de vivre comme tel. Car la question de ses droits est clairement posée : à partir du moment où elle manifeste une personnalité consciente d’elle-même, pourquoi lui nier des droits humains élémentaires ? Au final, un film étrange, hybride autant que Koko, qui dépasse le documentaire scientifico-animalier, et nous en dit surtout beaucoup sur notre rapport biaisé à la nature et notre tendance à l’anthropomorphisme.





Image :
Les deux films ne peuvent cacher leurs origines, à savoir le 16 mm, toutefois on ne peut se plaindre d’une présence excessive de grain, et surtout les couleurs sont éclatantes, rendant justice au travail de Nestor Almendros. On note ici et là quelques rayures, mais vraiment rien de très important.

Son : Général Idi Amin Dada est présenté en version anglaise, avec sous-titres lors des interviews d’Amin Dada, et un doublage français par-dessus la voix off du journaliste. Koko existe quant à lui dans deux versions ; l’une avec un commentaire en anglais, l’autre en français. C’est cette dernière, écrite par Barbet Schroeder et Marguerite Duras, qui est proposée ici – le reste du film étant bien entendu en version anglaise sous-titrée. Ces deux pistes sont proposées dans un mono d’origine tout à fait correct.

Carlotta
86/ mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapitrage fixe

Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais/français mono
Sous titres : français

Disque 1 :

- L’Ouganda au Temps de Dada – 5 mn 29 : Un excellent bonus pour se rafraîchir la mémoire concernant l’histoire récente, à voir éventuellement avant le film de Barbet Schroeder ; cinq minutes illustrées de diapositives pour expliquer l’itinéraire d’Amin Dada et le contexte géopolitique de l’Ouganda. Concis et édifiant.

- Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet – 21 mn 02: Après avoir brièvement retracé le début de la carrière de Schroeder, Jean Douchet interroge le cinéaste sur les conditions de tournage d'Idi Amin Dada ; il explique qu’à l’origine il devait s’intégrer dans une série de portraits d’hommes d’Etat pour la télévision, d’une durée de 52 mn, mais qu’il espérait pouvoir en tirer plus, ce qui s’est concrétisé au-delà de toute espérance. Il évoque ensuite les pressions pour exiger des coupes qui, plus tard, seront réintégrées dans le film, ainsi que les violentes réactions d’extrémistes juifs et africains. Pour conclure, il explique qu’il ne sait toujours pas aujourd’hui dans quelle mesure Amin Dada était ou non fou.

- Idi Amin Dada, Général Ubuesque – 15 mn 30 : Auteur, entre autres, de Mobutu, Roi du Zaïre, le documentariste Thierry Michel décrypte la méthode de tournage de Barbet Schroeder, qu’il pose en précurseur de certaines émissions comme Striptease. Il explique ensuite qu’il s’est refusé à tout contact direct avec Mobutu pour ne pas risquer de perturber son enquête – son film est une biographie filmée, contrairement au film de Schroeder qui est un instantané portant sur quelques semaines. Il s’interroge enfin sur les différentes définitions de ‘cinéma vérité’.

Disque 2 :

- Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet – 18 mn 49 : Le réalisateur explique ici qu’à l’origine Koko devait être un film de fiction produit par Saul Zaentz ; mais ce dernier s’est heurté à des difficultés lorsque les propriétaires du gorille ont exigé un salaire aussi élevé que celui de Jack Nicholson dans Vol Au-dessus d’un Nid de Coucous. Fort heureusement, Schroeder avait commencé à tourner des images, il continua donc son film, mais cette fois sous l’angle documentaire, ce qui lui a également permis de ne pas s’encombrer d’une histoire et de se concentrer sur la question de la définition d’une personne qui le préoccupait essentiellement. Il nous informe également que Koko, en véritable star, était consciente de la présence de la caméra qu’elle allumait parfois elle-même.

- Koko Qui ? Que ? Quoi ? – 15 mn 43 : Frédéric Joulian, ethologue et enseignant à l’EHESS, nous parle de sa perception du film, et surtout de la façon dont le spectateur reçoit l’image de Koko. Cinéphile, il établit également un intéressant parrallèle entre le personnage d’Ann Darrow dans King Kong et celui de Penny Patterson. Il soulève le problème de l’anthropomorphisme : Koko est un hybride, élevé en milieu humain selon leurs valeurs, et n’a rien de commun avec un gorille issu d’un milieu ‘naturel’. Il dénonce également le problème de la démagogie dans le milieu de l’écologie, où l’on oublie des dizaines d’espèces menacées au profit d’une seule, plus facile à vendre. Et de conclure d’un « contre un Nicolas Hulot, il faut un Barbet Schroeder ».

- Bande-annonce – 1 mn 58 : bande-annonce en VF et en bon état.

Ces deux films font partie d’un coffret que Carlotta consacre à Barbet Schroeder, et qui comprend aussi Tricheurs (1984). Les trois disques sont présenté dans un beau digipack, joliement illustré.

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Maîtresse

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